Itsuo Tsuda, le maître anarchiste : chronique martiale

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Bienvenue sur la chronique martiale : Le maître anarchiste, Itsuo Tsuda, vivre l’utopie de Manon Soavi. 

Dans cette biographie du maître Itsuo Tsuda, Manon Soavi nous fait voyager dans les fondements d’une vision de la pratique martiale et plus largement de la vie. 

Je tiens à souligner qu’avant de découvrir cet ouvrage, je ne connaissais pas ce maître d’Aïkido, qui est également un maître à penser, qui cherche à vivre selon ses principes. Ainsi, les éléments que je reprendrai sur sa vie seront tous tirés de ce livre. Il se peut que certains lecteurs, qui connaissaient le Maître, aient une opinion différente, et je les invite alors à partager dans l’espace commentaire. Mon but dans cet article est, comme à chaque fois, de voir ce qu’un livre qui m’a semblé pertinent, peut apporter à votre pratique.

Parcours inspirant d’Itsuo Tsuda

Parcours atypique

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Itsuo Tsuda n’a pas le parcours typique de maître d’arts martiaux qui aurait débuté sa pratique au plus jeune âge et aurait progressé régulièrement tout au long de celle-ci. Et l’ensemble de ses choix de vie sont extrêmement surprenants.

Pour résumer brièvement sa vie, à la fin de l’adolescence il refuse l’héritage de son père, une très grosse entreprise et part vivre à l’étranger. Le fait de s’expatrier n’est pas vraiment quelque chose de nouveau car il est un japonais qui vit en Corée occupée depuis sa plus tendre enfance. Il est très tôt influencé par le modèle de pensée anarchiste, qui dans ce livre est défini à nouveau avec son sens d’origine. En effet dans l’imaginaire populaire l’anarchie est vue comme une forme de désordre et de désobéissance pouvant souvent s’accorder avec de la violence, ce qui n’est pas du tout le cas dans la réflexion des premiers penseurs anarchistes. La définition du mot anarchiste par Wikipedia est la suivante “ L’anarchisme, à la différence de l’anomie, ne prône pas l’absence de loi, mais milite pour que son élaboration émane directement du peuple (initiative populaire par exemple), qu’elle soit directement votée par lui (référendum ou vote par des assemblées tirées au sort) et que son application soit sous contrôle de ce dernier (mandat impératif, forces de sécurité dont les officiers sont élus, révocabilité des élus).”

Tout au long de sa vie il n’hésitera pas à se remettre en question, à se former à des sujets qui le passionnent comme l’ethnologie ou la sociologie, à chercher et creuser la philosophie qui l’intéresse : “le Non-faire”. Cette philosophie est définie ainsi à la page 96 du livre : “Schématiquement, le Non-faire, ou non-agir, peut se définir par l’action sans intention. On peut avoir un but clair, mais le mode, l’action requise pour qu’elle soit juste ne peut surgir que de nos ressources intérieures”. Bien entendu, il est aisé de faire des liens avec la pratique martiale et la notion de Mushin.

Pour ce qui est de l’Aïkido il rencontre la discipline au travers de son fondateur à un âge relativement avancé puisqu’il avait alors 40 ans, mais ses différentes pratiques (comme le théâtre No ou le Seitai) lui ont permis d’assimiler rapidement les principes qui l’intéressaient dans cette discipline, notamment les exercices de respiration et de gestion de l’espace.

Ce parcours est fortement inspirant car il nous laisse entrevoir à quel point les choses ne sont pas immuables et que nous pouvons choisir de changer notre mode de vie

Bien entendu, cela demande beaucoup de courage de quitter un travail qui nous permet de vivre confortablement pour vivre en accord avec ses valeurs (si notre emploi ne nous le permet pas), mais on voit clairement dans l’histoire d’Itsuo Tsuda que le changement est toujours possible.

Une école de l’émancipation et de l’autonomie

Itsuo Tsuda a très vite voulu un dojo en arrivant à Paris. Car, comme l’explique Manon Soavi, un dojo est un lieu de pratique qui est empreint de la philosophie de l’école, contrairement à un gymnase ou une salle d’entraînement municipal partagée. Loin de moi l’idée de critiquer ces salles, qui sont à la fois très utiles à la communauté et aux pratiquants, et qui permettent également de magnifiques rencontres interdisciplinaires. 

Et, si Tsuda Itsuo souhaite un dojo, ce n’est pas pour satisfaire un ego surdimensionné ou encore pour reprendre les traditions japonaises, mais bien pour pouvoir y insuffler une “fonction d’auto-émancipation”. 

Et, lorsqu’il va s’entraîner seul à la “respiration” à travers notamment de l’Aïkido, à 6h30 le matin, Itsuo Tsuda ne cherche pas à avoir du monde. Mais les élèves arrivent, malgré lui. Et ils peuvent ainsi apprendre du maître. Ce qu’il souhaite communiquer dans ses lieux, plus que la technique, c’est la capacité à choisir par soi-même de faire ce qui semble juste et bon pour soi. Son but n’est pas d’obliger les gens qui ne le souhaitent pas à venir, mais d’accepter ceux qui le font. 

De plus, le dojo permettra également aux plus avancés de s’entraîner régulièrement et d’aider les autres. Encore une fois, il ne cherche pas à fournir un dogme, mais à pousser chacun à progresser. 

Bien entendu, je pourrais encore reprendre de nombreux éléments de ce très bel essai, mais je préfère vous laisser le découvrir et vous dire ce qu’un pratiquant d’Arts Martiaux peut en retirer selon moi.

Comment cette biographie d’Itsuo Tsuda peut faire évoluer votre pratique ?

Riai la transversalité

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Il y a peu, j’ai visionné l’échange entre Léo Tamaki et Lionel Froidure sur le Riai (la transversalité des principes). Cet essai, tout comme la vie du maître anarchiste, montre à quel point un Riai fort permet d’être clair avec soi et avec les autres. 

Itsuo Tsuda n’a jamais cherché à être idolâtré ou encensé, mais il voulait vivre en accord avec son idéologie du “Non-faire”. C’est en se comportant en accord avec ses valeurs qu’il a réussi à toucher autant de personnes. 

Ainsi, ce livre pousse le pratiquant à se poser deux questions essentielles

  • pourquoi est-ce que je pratique ? Cette question toute simple peut en soulever de nombreuses autres comme “Qu’est-ce que j’attends de ma pratique ?”. En y répondant non pas de manière superficielle mais en profondeur, en appuyant votre réponse d’arguments, vous pourrez alors trouver votre propre voie, vous permettant ainsi de prendre plus de plaisir et de joie.
  • est-ce que ma pratique est en adéquation avec mes valeurs ? Il se peut qu’il y ait une dissonance entre vos valeurs et votre pratique. Si c’est le cas, il y a de fortes chances que vous finissiez par vous lasser. Comment le savoir ? Est-ce que ce que vous apprenez au dojo, vous arrivez à le faire vivre au quotidien ? Cette question toute bête peut vraiment vous aider dans votre pratique. De plus, c’est un moyen de progresser à chaque instant.

“Si je ne m’entraîne que lorsque je suis sur les tatamis, mon temps est extrêmement restreint, si je m’entraîne lorsque je marche ou que je cuisine, je peux beaucoup plus m’entraîner.” METTRE LIEN METTRE CITATION

JACQUES PAYET DANS SON INTERVIEW sur notre chaîne YouTube

L’autonomie

Itsuo Tsuda est la preuve de la nécessité qu’être engagé dans sa pratique apporte beaucoup de résultat. Cet engagement va de pair avec une certaine autonomie. Cela ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi et chercher à créer un style à partir de rien. Seulement que le travail individuel est nécessaire.

Mais l’autonomie ce n’est pas seulement le fait de travailler seul, c’est également le fait de s’attacher seul à se mouvoir, de ne pas avoir besoin de quelqu’un qui vous dit que “l’entraînement à la maison est nécessaire” pour pouvoir vous motiver à faire votre séance.

Bien entendu, il est important de ne pas faire n’importe quoi, mais la demande de conseil doit également émerger de votre volonté. Vous pouvez également vous informer sur des réseaux qui vous semblent fiables. C’est d’ailleurs dans ce but que nous avons créé le blog, pour aider ceux qui cherchent à progresser de manière autonome mais aussi qui souhaitent gagner en matière d’autonomie. Ainsi vous pouvez consulter nos articles sur la préparation mentale, sur la préparation physique ou nos exercices clés en main. Enfin, vous pouvez aussi vous abonner à notre chaîne YouTube ! Bien entendu, il existe de nombreux autres créateurs de contenus tout à fait pertinents (que nous suivons avec plaisir) et on vous invite à soutenir le travail de ceux que vous appréciez en partageant leur contenu par exemple.

La qualité de la réalisation

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Pour terminer cette critique je tiens à souligner la qualité du travail de recherche que Manon Soavi a fait.

Elle suit les principes du maître depuis son plus jeune âge, ses parents faisant partie de ses plus proches disciples, elle a baigné dans sa philosophie et sa vision du monde.

Ce livre n’est pas une façon de faire une propagande pour la façon de penser d’Itsuo Tsuda, mais un moyen de comprendre son système et de s’en inspirer. Cela est clair lorsqu’on remarque le nombre de notes, de citations, et de références utilisées. Manon ne cherche pas à nous faire adhérer à ce système, mais à nous le faire comprendre pour qu’on puisse l’assimiler et en faire ce que l’on souhaite, à la manière du maître qui ne cherchait pas à montrer une voie mais seulement des outils que chacun peut utiliser.

Avec ce livre, vous pourrez découvrir le parcours de quelqu’un qui a osé des choses à contre-courant, sans se soucier de l’impact que cela pouvait avoir d’un point de vue social pour lui. 

Enfin, malgré la qualité de la recherche et de la réflexion, cet ouvrage est facile à lire, et accessible à quelqu’un qui ne pratiquerait pas les Arts Martiaux et qui se questionnerait sur sa façon de vivre. Cependant je pense que pour pouvoir l’apprécier au mieux de ce qu’il a à nous offrir il faut avoir une certaine expérience du sujet qui nous tient à cœur (ne pas être débutant), cela peut être un domaine artistique, la sociologie ou tout autre domaine. Il faudra également une capacité à se remettre en question relativement élevée. Mais je suis certain que si vous lisez ce blog c’est pleinement votre cas.

On espère que cette critique vous aura donné envie de lire ce livre que vous pouvez retrouver ici.

A très vite

Cet article est corrigé par Henri-Pierre Juguet. Nous le remercions pour son travail de qualité. Si vous aussi vous souhaitez un bon relecteur/correcteur, voici son adresse mail :  hpj.correction.redaction@gmail.com

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