Les chroniques martiales ont pour but de vous proposer des lectures qui vont vous permettre d’enrichir votre pratique, peu importe votre discipline. Vous vous demandez donc pourquoi le livre “Du judo, de sa valeur éducative comme pédagogique” (qui est la traduction du discours de Jigoro Kano) a sa place ici ? Qu’est-ce qu’un pratiquant de Boxe Française pourrait tirer de la lecture de ce livre par exemple ? Lisez notre article et découvrez ce que vous avez à tirer de ce livre

Pour situer ce discours, il a lieu en 1889 et le Judo n’existe pas vraiment, Jigoro Kano commence à créer cette méthode. C’est lors de cette intervention que le fondateur va en parler ouvertement pour la première fois et expliquer sa vision de la discipline.

Ce que vous allez tirer du discours de Jigoro Kano

Qu’est-ce que vous, pratiquant de n’importe quelle discipline, vous allez tirer de cet ouvrage ?

Mieux séparer les temps d’apprentissage

Il m’arrive souvent de voir des personnes entrer dans l’échange verbal durant un cours plutôt que de pratiquer. Et cela m’est déjà arrivé. Rassurez-moi : je ne suis pas le seul à avoir fait cette erreur ? Racontez-nous en commentaire si cela vous est déjà arrivé également ! 

Bien entendu, on ne fait pas comme José qui parle de ses dernières techniques de cuisson de barbecue, mais on discute de principes appartenant à nos disciplines. Par exemple, je me suis rendu compte que j’avais perdu du temps à échanger plutôt qu’à pratiquer, lors d’un stage de judo où, en échangeant avec un pratiquant sur la technique pour déséquilibrer l’adversaire avant le mouvement, nous n’avions pas du tout répété le geste demandé, de telle façon que j’ai été incapable de le reproduire une fois chez moi. Bilan, j’ai théorisé mais cela ne m’a servi à rien car je n’ai pas incorporé le mouvement.

Cependant, même si cet échange est en vue de progresser, on peut se demander si c’est le bon moment. Ce livre permet de nous rappeler que l’étude ne s’arrête pas aux tatamis et qu’il peut y avoir d’autres moments d’échanges autour d’un pot ou à la fin du cours dans les vestiaires par exemple. 

On peut aussi assister à des cours magistraux, bien que cela soit plus compliqué. Cependant, internet est une mine d’or avec ses différents blogs et il existe de très bons magazines spécialisés dans les Arts Martiaux comme Yashima. Si vous voulez voir notre présentation du magazine Yashima, n’hésitez pas à lire notre article sur le sujet.

Donner du recul à votre pratique

Lorsqu’on est “coincé” dans sa pratique, au pied du mur, on ne se rend pas compte de l’ampleur qu’elle a. Avoir un livre qui pose les bases d’une discipline aussi large que le judo nous permet de nous donner beaucoup de recul, et de nous rappeler que l’essentiel est le chemin.

ceinture noire judo
Image réalisée par Camera Eye Photography

De plus, cela permet de rappeler quelques règles fondamentales

  • il faut s’entraîner. Sans entraînement nos disciplines ne sont que spéculations
  • il faut savoir pourquoi on s’entraîne. On reviendra tout à l’heure sur l’exemple du combat au sol
  • il faut prendre le temps de penser sa pratique
  • il faut rester ouvert d’esprit

Cela peut sembler logique et enfantin. Mais lorsqu’on voit Jigoro Kano respecter ces règles et expliquer pourquoi elles sont importantes, cela peut nous permettre de nous situer dans notre pratique et savoir où nous allons ! 

“Dans l’idéal, le professeur de judo doit maîtriser les techniques d’attaque et de défense. Il doit être expert de celles à mains nues, cela va sans dire, mais aussi de celles employant un bâton ou utilisant un sabre, et, de plus, comprendre la théorie du combat elle-même”

JIGORO KANO DANS LE JUDOKA PUBLIÉ EN OCTOBRE 1927

De plus le Judo a marqué de nombreuses disciplines (on y reviendra plus tard dans cet article), et comprendre son histoire est un moyen de comprendre sa pratique.

Mieux transmettre des valeurs, grâce aux conseils de Jigoro Kano

judo entraide et prosperite

Ce livre pose pose aux enseignants une question de fond très importante : pourquoi enseignez-vous ? Que voulez-vous transmettre ? Pourquoi choisir votre discipline plutôt qu’une autre ?

Cela peut sembler étrange de poser cette question, mais c’est pour moi le cœur de ce discours de Jigoro Kano. Qu’est-ce qu’un Art Martial (Budo venant du Japon, mais on pourrait faire de même avec de la Boxe Française traditionnelle par exemple) peut apporter qu’une autre discipline n’apporte pas ?

Se situer clairement sur les valeurs que l’on veut transmettre en tant qu’enseignant est pour moi très important. Car en étant au clair avec nous-mêmes on peut alors donner sans se retenir. Par exemple, si pour moi l’entraide est la valeur première et la capacité à défendre autrui la valeur seconde, je mettrai toujours l’accent sur l’entraide.

Si vous êtes intéressé par la pédagogie, nous avons écrit un article pour donne des astuces sur le positionnement de l’enseignant. Cliquez ici pour lire notre article “La pédagogie de demain, des cours qui vous ressemble“.

Transformer votre façon de vous entraîner

“Comme personne dans le dojo ne porte réellement d’atemi, ne transperce au couteau ou pourfend au sabre, ceux qui adoptent de façon insouciante une attitude qui ne leur permet que difficilement d’esquiver lorsqu’ils sont attaqués, jambes écartées, hanches baissées et tête en avant, ne sont pas rare”

À PROPOS DE L’OBJECTIF DE LA SECTION SPÉCIALE D’EXERCICE DE RANDORI QUE JE COMPTE BIENTÔT METTRE EN PLACE AU KODOKAN” JIGORO KANO, DANS JUDO EN 1937,

Savoir pourquoi on pratique de telle façon est très important. Si l’on ne s’entraîne pas correctement cela peut être contre-productif et avoir des effets néfastes sur notre progression (et parfois notre santé dans le cas d’un mouvement contre nature).

Un des exemples qui sont donnés dans le livre est celui du combat au sol. Beaucoup de personnes pensent que le but du combat au sol est d’apprendre à immobiliser l’autre, mais lorsqu’il a formé le judo Jigoro Kano ne voyait pas les choses ainsi. Pour lui les immobilisations sont travailleur seulement pour… améliorer nos capacités à sortir de celles-ci. 

judo ne waza

Autrement dit dans le combat au sol (ne waza) tel que le voyait le fondateur du Judo, ce n’est pas d’immobiliser l’autre, mais d’être capable de sortir de ce dégagement.

Cet exemple concret peut changer totalement la façon de s’entraîner. Si l’on cherche toujours à immobiliser son adversaire, on ne cherche plus à sortir des contrôles. Alors que si le but est de faire le plus de dégagements possible on laissera plus d’opportunités à l’autre d’entrer et d’immobiliser. 

Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres et je suis certain que vous devez en avoir. Avez-vous un exercice qui est souvent mal compris dans votre discipline ?

Transformer votre façon de donner un cours 

kano jigoro

Parfois lorsqu’on enseigne une discipline et que l’on n’a pas un niveau suffisamment étendue de celle-ci ou que l’on n’a pas le temps, on peut éliminer (ou enseigner très peu) certains points qui nous semblent moins importants, ce qui est dommage.

C’est d’ailleurs ce qui se produit malheureusement souvent avec le Judo où les Katas ne sont enseignés que pour le passage de la ceinture noire, comme une étape obligatoire et un exercice qui n’est pas vraiment proche du Judo que l’on pratique au quotidien.

Cependant, voilà ce que dit Jigoro Kano à propos du rôle du Kata dans le judo : 

“Par nature, le judo n’est pas quelque chose de complet avec seulement le randori. Dans un combat réel, les coups portés ou frappés, tranchés, sont indispensables. C’est pourquoi, lorsqu’on néglige le kata et ne fait que du randori, des lacunes apparaissent dans ce domaine.”

“DES OBJECTIFS DES EXERCICES DE KATA ET DE RANDORI DANS LE DOJO” (I), PAR JIGORO KANO PUBLIÉ DANS JUDO EN MAI 1930, P.149-150

Personnellement, j’essaie de montrer tous les côtés de la discipline que j’enseigne. Bien entendu, comme tout enseignant j’ai mes préférences selon mes humeurs du moment, l’énergie de mes élèves, etc,.. Cependant, ce livre m’a rappelé que, même si j’ai mes envies, il ne faut pas oublier la vision globale de la discipline qui est bien plus importante que ma vision personnelle. Une piqûre de rappel qui ne fait jamais de mal ! 

Méthode d’entraînement : des pistes d’entraînement dans le discours de Jigoro Kano

Venons-en à la pratique, comment transformer sa façon de s’entraîner.

Les 4 façons de s’entraîner

Jigoro Kano référence 4 façons de s’entraîner, qui sont complémentaires. S’il pense que le randori (combat libre) est au cœur de la pratique et que tout doit être centré autour de celui-ci, il n’en reste pas moins que le kata garde une place importante dans son idée de la discipline.

“Le terme utilisé ici est Kogi, “conférence”, “cours magistral”, un des quatre piliers de la méthode mise en place par Kano avec Kata (exercice contraint) et randori (exercice libre) d’un côté, et mondo (question-réponses ou disputation) et kogi de l’autre. Non prévu sur une base régulière , mais selon le besoin ou le ressenti du professeur , s’il est aujourd’hui tombé en désuétude, il était vu comme essentiel par le fondateur de la discipline : “le Kogi, en tant qu’une des méthodes pour enseigner le judo, ne doit pas faire défaut”

SOURCE : “COURS À PROPOS DU KODOKAN” JUDO (IV), JIGORO KANO, PUBLIÉ DANS KOKUSHI EN MARS 1899, P.93)

Négliger les échanges verbaux et les différentes formes d’apprentissages serait se priver de différents canaux de compréhension.

“En s’investissant consciemment dans les séances et les exercices, en analysant leur pratique avant et après les entraînements, les apprentis judokas développent la faculté de comprendre par eux-mêmes.”

Patrick Roux, expert en Judo  “Trois conseils pour améliorer votre pratique, par 15 experts” ebook gratuit et téléchargeable ici

La place du combat

Le Randori (combat libre) est au coeur du Judo créé par Jigoro Kano. Cette liberté d’action développe les capacités physiques du pratiquant mais aussi sa morale (en poussant à l’entraide et à ne pas écraser un pratiquant moins avancé par exemple). 

Dans ce livre vous découvrirez comment Jigoro Kano envisage le combat, différents types d’entraînements qu’il a mis en place et il effleure même une sorte de progression pédagogique. 

La place de la théorie

La place de la théorie est importante, ne serait-ce que pour l’enseignant. Suite à son voyage en occident, Jigoro Kano dit comprendre qu’il est important de travailler la façon d’enseigner en plus de maîtriser le thème que l’on partage. 

“C’est la raison pour laquelle il faut recevoir un enseignement très strict au début de son apprentissage, sinon on risque de s’entraîner en utilisant déraisonnablement la force, sans apprendre la technique.”

JIGORO KANO “DU JUDO ET DE SA VALEUR ÉDUCATIVE COMME PÉDAGOGIQUE”, DISCOURS DE JIGORO KANO, TRADUIT ET COMMENTÉ PAR YVES CADOT, P.95

Mais de plus il est important que les élèves aient également accès à des cours théoriques pour comprendre certains principes et s’entraîner de la bonne façon. On l’a vu tout à l’heure en ce qui concerne l’étude du combat au sol par exemple.

jigoro kano mondo
Photo prise par Emmanuel Le Person, lors d’un stage d’Arthur Clerget

La théorie, qu’elle soit sous forme d’échange informelou d’un cours plus magistral, permet aux élèves d’entrer en profondeur dans la discipline et de poser des questions. Cela permet aussi de séparer le temps de la réflexion et celui de la pratique.

Histoire du judo de Jigoro Kano : comprendre le présent des Arts Martiaux

Les Arts Martiaux ont évolué suite à la création du Judo. Nous allons découvrir pourquoi et comment cela s’est fait ! 

Jigoro Kano, père des Budo modernes ?

Le Judo est une discipline relativement récente, comme la plupart des Budo que nous étudions. 

Mais les Budo dans leur ensemble ont fortement été influencés par la vision de Jigoro Kano. En effet, c’est lui qui a vraiment donné à ces disciplines un rôle éducatif officiel dans l’éducation de la population.

“Je suis persuadé qu’en leur apportant [aux Ju-jutsu] simplement quelques améliorations, ils constituent une méthode permettant de s’acquitter dans le même temps de l’éducation physique, intellectuelle, morale”

DISCOURS DE JIGORO KANO, TRADUIT ET COMMENTÉ PAR YVES CADOT, P.46

Le but du Judo selon son fondateur est donc à la fois de renforcer le corps, de développer l’intelligence et le sens moral, tout en apprenant à se défendre. En somme, le Judo est un outil pédagogique extraordinaire. 

Cependant, il faut que les enseignants de l’école soient capables d’assurer des cours en toute sécurité.

Pour cela il faudra supprimer ce qui est trop dangereux lors des entraînements, comme les combats à base de frappes (cependant celles-ci demeureront dans les katas, pour continuer à étudier les mouvements de défense). 

Ainsi, dès le début, l’accent est mis sur le rôle formatif du Judo et non pas sur le côté martial. Pourtant, pour lui étudier, l’un revient à étudier l’autre, les principes sont les mêmes. 

Comprendre la création de Jigoro Kano

Cet ouvrage est un vrai outil pour comprendre le contexte de la création du Judo et de la naissance des Budo. Pour cela vous pouvez remercier Yves Cadot qui a introduit le discours et l’a commenté en plus de le traduire.

Cela est important, car nous n’avons pas le contexte à cause de la distance historique, mais également de la distance culturelle et linguistique. 

“Finalement, le judo signifie donc “la voie / le chemin qui passe par le ju””

YVES CADOT “DU JUDO ET DE SA VALEUR ÉDUCATIVE COMME PÉDAGOGIQUE”, DISCOURS DE JIGORO KANO, TRADUIT ET COMMENTÉ PAR YVES CADOT, P.130

Dans ce livre Yves Cadot permet d’expliciter des choses qui nous sont difficilement accessibles et rend très compréhensibles les sous-entendus. Je suis certain que sans ses commentaires je n’aurais pas pu en apprendre autant de ce discours que s’il avait été simplement traduit. 

yves cadot judo

Un des meilleurs moyens de soutenir Yves Cadot est certainement de partager son travail. Vous pouvez donc partager cet article ou directement le livre sur vos réseaux sociaux préférés, afin de faire connaître ses superbes ouvrages.

J’en profite pour vous mettre ici son site professionnel qui référence son travail de très grande qualité, avec des ressources en libre accès comme sa thèse : “Kanō Jigorō et l’élaboration du jūdō, le choix de la faiblesse et ses conséquences” !

Une discipline qui a changé la face du monde

Le Judo s’est très vite imposé comme une discipline importante à la formation des jeunes japonais. Lorsque Gichin Funakoshi a voulu faire connaître son Karaté dans l’archipel, il a dû convaincre Kano Jigoro que cette discipline était complémentaire au Judo.

Il a donc mis l’accent sur le côté défensif (en lançant l’idée suivante : chaque Kata commence et se termine par une défense) et en limitant les contacts plus ou moins libres pour éviter les blessures. 

“Sensei Funakoshi ne souhaitait pas que le karaté soit considéré comme une menace pour le judo. De ce fait, sensei Funakoshi dit à sensei Kano que tous les katas commençaient et se terminaient par un blocage, suggérant par là même que le karaté était un art martial à vocation défensive.”

LES MYTHES DU KARATE SHOTOKAN, KOUSAKU YOKOTA, P.103

Mais cette vision s’est largement exportée aux disciplines martiales que l’on retrouve aujourd’hui. L’éducation est au cœur de la plupart de nos activités. Bien entendu s’améliorer dans ce que l’on pratique est un objectif clé, mais il y a toujours des valeurs qui sont transmises à travers cette éducation.

Bien entendu, toutes les disciplines sportives le font, mais la nuance porte sur ce point précis : 

  • dans une discipline sportive le but est de s’améliorer dans les principes techniques (par exemple faire des passes avec un ballon) et à travers cela on va essayer d’éduquer les élèves
  • dans les arts martiaux on va essayer d’apprendre à utiliser le même principe dans la discipline martiale et le quotidien (par exemple accepter la contrainte pour développer plus de puissance) 

“Ainsi, ce bujutsu n’est rien d’autre qu’une des applications du grand principe de ce monde que j’ai évoqué précédemment. Mais il faut savoir que ce principe s’applique aussi à des cas autres que l’attaque et la défense. Ou plutôt qu’il doit s’appliquer à tous les aspects de la société. Et cette voie de l’utilisation la plus efficace de l’énergie du corps et de l’esprit, je l’ai baptisée, de façon synthétique, judo. Quand on applique ce judo aux méthodes d’attaque et de défense, on l’appelle bujutsu”

“LA RAISON POUR LAQUELLE LE KODOKAN EN EST VENU VOLONTAIREMENT À DES EXERCICES DE BÂTON”, JIGORO KANO, DANS JUDO DE AVRIL 1935

Pour arriver à cela, il a fallu que Jigoro Kano fasse évoluer sa discipline.

Faites évoluer votre pratique comme Jigoro Kano

Comment se détacher de la tradition comme Jigoro Kano 

Pour réussir ce tour de force Jigoro Kano réfléchit et structure sa vision et sa discipline. Il donne un cadre “rigide” aux exercices pouvant provoquer des blessures (comme les frappes, certaines clés) dans les kata, et mettra les techniques moins dangereuses au cœur du combat libre, le randori.

judo et armes
Image réalisée par txarli san

Ce n’est pas toujours évident de sortir des sentiers battus mais il le fait très bien, car il crée un lien profond entre sa pratique du Judo et le Ju-jutsu qu’il pratiquait auparavant.

“S’il a pu mesurer l’efficacité de la formation dispensée par son enseignant, il lui revient d’expérimenter de nouvelles voies, de s’affranchir des théories de son école, de chercher des réponses à ses doutes.”

Léo Tamaki, “Trois conseils pour améliorer votre pratique, par 15 experts” ebook gratuit et téléchargeable ici

Il faut ainsi réussir à se détacher de la tradition tout en la respectant. Ce n’est pas toujours évident.. Pour y arriver, je pense que le plus important est de s’attacher aux principes plutôt qu’aux techniques elles-mêmes. Les principes sont transversaux et se manifestent d’une façon ou d’une autre selon la personne et son entraînement. Ainsi, se détacher c’est avoir une maîtrise suffisante des principes et les laisser s’exprimer librement, de la façon qui nous semble être la plus naturelle possible.

“Comme le ju-jutsu revient à se placer selon l’angle de l’application pratique, et judo à se positionner du côté du principe, ce sont des noms donnés aux deux faces d’un même objet”

KODOKAN JUDO NO SHIMEI (“MISSION DU KODOKAN JUDO”)

Structurer sa pensée

Comme vous pouvez le voir dans les différentes citations de cet article et encore plus si vous lisez le livre par vous même, Jigoro Kano a dû structurer sa pensée et prendre le temps de l’expliciter.

Si vous souhaitez développer votre vision martiale, s’exprimer oralement ou par écrit est un excellent moyen, car il faudra être clair et suffisamment expérimenté pour que vos propos soient compris à travers des écrits alors qu’ils portent sur des principes techniques et physiques. 

En prenant le temps de structurer ses propos, comme il le fait dans ce discours qui est entrecoupé de plusieurs démonstrations, Jigoro Kano donne de la profondeur à sa pensée et à son école. C’est pour moi un point très important qui fait la différence avec de nombreuses autres disciplines qui s’écroulent ou se divisent après la mort du fondateur, car les bases de l’école ne sont pas suffisamment stables.

Faire grandir une école

jigoro kano

Cependant, malgré ses écrits, malgré son investissement, en grandissant l’école peut échapper à son créateur. 

C’est ce qui se passe avec le côté compétitif que Jigoro Kano ne semblait pas vouloir mettre en avant. Le Judo devient une discipline simplement tournée vers le duel dans le but de faire des championnats, oubliant la spontanéité et le côté martial.

Pour lui, ne pas pratiquer le Judo dans son intégralité serait se priver d’un vecteur de progrès à la fois technique et éducatif. 

Heureusement, les katas et la spontanéité sont encore préservés aujourd’hui et de nombreux dojos continuent de les travailler, nous avons d’ailleurs pu interviewer un des champions d’Europe d’Embu Judo  et vice champion d’Europe Kata, Alexandre Canteli Mestas.

“Kano Jigoro ne cautionne pas cette nouvelle tendance qui se dessine sous ses yeux, et qui, sous l’impulsion d’Oda Tsunetane (1,60m, 63kg) dont la démarche est plus orientée vers l’aspect sportif du judo, va aussi donner naissance au courant dit Kosen Judo, dans le but de remporter des championnats inter-écoles. Pour Kano, cette stratégie n’a pas de sens. D’un point de vue guerrier d’abord, elle serait inefficace contre plusieurs adversaires. D’un point de vue pédagogique ensuite, parce qu’elle étouffe le mouvement, d’où naît le progrès.”

YVES CADOT “DU JUDO ET DE SA VALEUR ÉDUCATIVE COMME PÉDAGOGIQUE”, DISCOURS DE JIGORO KANO, TRADUIT ET COMMENTÉ PAR YVES CADOT, P.100

J’en profite pour vous mettre une belle démonstration du kata Goshin en lien. 🙂

Cet article touche à sa fin. Qu’en avez-vous pensé ? Connaissiez-vous ce discours ou avez-vous découvert des choses ? 

Si cela vous a semblé intéressant, n’hésitez pas à partager un maximum sur vos réseaux sociaux préférés ! 

À très vite

Cet article est corrigé par Henri-Pierre Juguet. Nous le remercions pour son travail de qualité. Si vous aussi vous souhaitez un bon relecteur/correcteur, voici son adresse mail : 
hpj.correction.redaction@gmail.com

Note : Jigoro Kano est cité dans “Du judo, de sa valeur éducative comme pédagogique” à partir d’autres publications. La pagination est l’endroit où vous retrouverez cette citation dans cet ouvrage.

Image d’en-tête : Photo prise par Emmanuel Le Person, lors d’un stage d’Arthur Clerget

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