La pédagogie est la science qui permet de transmettre correctement son savoir. On peut être un excellent pratiquant, si on est un très mauvais pédagogue il vaut peut-être mieux prendre quelques leçons avant, ou l’on risque d’avoir peu de personnes qui assistent à nos cours. Vous l’aurez certainement compris, cet article prend le point opposé de notre article sur l’auto-apprentissage qui vous donne les points essentiels pour réussir à apprendre les Arts Martiaux seul.

Cet article participe au carnaval de Mickaëline sur son blog “L’avis de Mickaëline”, sur le thème de la pédagogie de demain. Son blog est très intéressant, notamment pour les pédagogues, car il nous apprend énormément sur les personnes qui ont des troubles de l’ordre des “DYS”. N’hésitez pas à le consulter, comme dans cet article : “19 commandements pour être un bon pédagogue spécial dys”.

À travers cet article je n’ai pas l’intention de donner de solution miracle qui n’existe malheureusement pas (ou heureusement, sinon on s’ennuierait), mais plutôt de vous livrer les techniques et astuces qui ont fonctionné pour moi.

 

 

Pédagogie “traditionnelle” contre pédagogie adaptée

 

L’enseignement traditionnel

 

Le premier cliché que l’on a lorsqu’on s’imagine pratiquer un Art Martial ou un Sport de Combat est quelque chose de violent. On pense à des chocs à répétitions, des mouvements pratiqués en masse sur un rythme donné par un professeur, des chutes qui font trembler de peur les tatamis qui vont se faire écraser. 

 

Projection de judo

 

Mais cela est loin d’être la vérité, ou plutôt loin d’être la seule chose qui existe. Bien entendu, il existe ces formes d’entraînement dans la grande majorité des disciplines, et nous les pratiquons nous-mêmes. Le problème est que les gens ne voient que la partie émergée de l’iceberg, ils ne savent pas les étapes pour arriver à cette coordination, à ces entraînements qui peuvent paraître violents sans imaginer qu’en fait notre corps s’est adapté au fur et à mesure du temps

Cette pédagogie qui peut sembler parfois un peu dure a de nombreux avantages. Elle fait comprendre le cadre et le respect. Elle apprend également à renforcer son mental, d’ailleurs les Arts Martiaux sont des pionniers dans ce domaine, notamment grâce à leur rapport à la mort. Si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur ce lien qui unit Arts Martiaux et mort vous pouvez consulter cet article en cliquant ici.

Un des grands symboles de la pédagogie traditionnelle c’est le shinai (sabre en lamelles de bambous) qui fouette l’élève qui se trompe. Et j’avoue que parfois ce n’est pas l’envie d’en mettre un petit coup sur José qui me manque !

 

L’enseignement adapté

 

Seulement, pour moi il est important d’adapter cette pédagogie traditionnelle. Il est nécessaire de comprendre que chaque personne est unique et perçoit les choses différemment. De plus, tout le monde ne cherche pas la même chose. 

Bien entendu on pourrait s’en moquer et se dire “Si ma pédagogie ne lui convient pas il trouvera ce qui lui convient dans le club voisin”. Mais c’est peut-être ce que vous faites qui l’intéresse, seulement il n’arrive pas à saisir le message. 

 

Match de Handi-foot

 

Mon maître Armand Valle ne change jamais le message qu’il donne ni la forme du cours global, car c’est vraiment sa façon de faire. Cependant, il n’enseigne à personne de la même façon, ce qui fait que la grande majorité des personnes qui le croisent sont marquées par lui. Pour moi c’est la marque des grands pédagogues, ils restent eux-mêmes, ne changent rien à leur message mais par contre permettent à tout le monde de le comprendre.

Comment font-ils ? Ce que je vais dire ici n’est que ma propre expérience, mais l’ensemble des grands pédagogues que j’ai croisés utilisent ces quelques techniques d’une façon ou d’une autre : 

  • Les illustrations. Que cela soit des animaux, des anecdotes ou des images plus scientifiques comme des leviers, ils en font un usage récurrent.
  • L’humour. Je passe rarement un cours avec un grand pédagogue sans rire, et cela peu importe son origine. Je me souviens du cours avec Kunimasa-sensei qui nous a fait beaucoup rire. Pour en savoir plus sur ce stage lisez cet article.
  • ils adaptent les discours individuels. Ce n’est pas parce que deux personnes ont le même besoin (par exemple descendre plus sur leurs appuis) qu’ils doivent l’entendre de la même façon. Par exemple, certaines personnes ont besoin d’entendre un impératif (“Descends sur tes appuis”), d’autres une suggestion (“Tu devrais essayer en descendant sur tes appuis pour voir”) ou encore par l’expérience (on balaye celui qui n’est pas bien sur ces appuis et on lui explique après pourquoi). La grande force de ces maîtres est d’utiliser la bonne méthode instinctivement.

Enfin, les Arts Martiaux comme les Sports de Combat sont faits pour tout le monde. Bien sûr pour cela il faut avoir des créneaux spécifiques, mais aussi une pédagogie adaptée. Si vous parlez à une personne âgée comme à un adolescent, vous risquez d’être surpris des réponses que vous pourriez recevoir. D’ailleurs nous avions parlé du fait d’adapter la pratique pour les personnes âgées dans cet article, et nous avions expliqué pourquoi une pédagogie adaptée aux enfants peut être très intéressante pour leur développement ici.

Par exemple si vous avez matériellement la possibilité d’avoir un cours avec un autiste, il va de soi que vous ne pourrez pas lui demander certaines choses. Ce n’est pas pour autant qu’il faut lui interdire l’accès à votre enseignement qui peut l’aider à mieux vivre. Pour moi les Arts Martiaux sont un moyen de s’adapter aux situations qui nous entourent, même aux situations pédagogiques qui peuvent sembler complexes.

Pour moi la pédagogie de demain dans les Arts Martiaux et les Sports de Combat est un savant mélange. Bien sûr il va falloir s’adapter, mais il est nécessaire d’utiliser un mélange des trois pédagogies que je vous propose maintenant. 

 

 

La pédagogie inversée

 

La pédagogie inversée c’est lorsque l’élève donne le cours. Cela signifie que l’on doit être capable d’apprendre de n’importe qui. Cela vous dit quelque chose ? C’est que vous avez peut-être lu notre article “Shoshin, l’esprit du débutant”, mais juste au cas ou vous voudriez y jeter un oeil on vous remet le lien.

Personnellement j’adore lorsqu’un débutant vient au dojo. Pourquoi ? Car j’apprends beaucoup de lui, car il n’est pas encore formaté. Les Arts Martiaux ou les Sports de Combat ont tendance à nous formater, un débutant peut nous permettre de voir des choses que l’on n’avait pas vues

Souvent on passe à côté de ces enseignements, car on n’est pas disponible. L’apprentissage n’est pas un mode binaire qui consiste soit à donner, soit à recevoir, mais plutôt un échange constant. Pour moi la pédagogie doit pousser dans ce sens-là.

 

enfant expliquant à ses camarades

 

Pour prendre un cas concret, il y a trois jours un débutant en ju-jutsu mais ancien pratiquant d’Arts Martiaux (13 ans de judo, plusieurs années de taekwondo) et qui reste très athlétique (enseignant d’équitation et de tir à l’arc sur cheval) vient pratiquer. Il a un gabarit que je n’avais pas croisé depuis un moment (grand, élancé et très musclé). Eh bien ! Instinctivement mon corps a bougé un peu différemment d’avec la majorité de mes partenaires. Mais Anne qui n’avait pas croisé ce type de partenaire a eu du mal à le maîtriser au début. Avec de l’entraînement elle a trouvé les bons positionnements. Il nous a permis de progresser, car nous étions prêt à nous remettre en question sans trop de souci d’ego. Anne a pu travailler ses positions et moi revoir la pédagogie pour bien la guider. Bien entendu, il a également travaillé la technique simultanément et il a travaillé le rôle de uke (celui qui subit le mouvement). C’est un échange gagnant-gagnant.

Lorsqu’on pratique de cette façon tout le monde apprend tout le temps au lieu d’être spectateur passif du cours la moitié du temps. C’est beaucoup plus enrichissant pour tout le monde. Pour moi le Ju-jutsu Brésilien est vraiment le symbole de cet apprentissage aujourd’hui, chacun apprend des autres régulièrement et sans aucun complexe, peu importe le grade et la discipline. 

Le rôle de l’enseignant est de réussir à mettre en lumière cette pédagogie inversée. “Regardez ce que j’apprends en travaillant avec un tel”. De cette façon les élèves vont être beaucoup plus ouverts d’esprits et prêts à apprendre de tous.

 

La pédagogie du silence

 

Pour apprendre et comprendre profondément un mouvement il faut le pratiquer. Beaucoup de personnes mettent trop l’accent sur le verbe plutôt que l’action, ils parlent, mais n’agissent pas. Bien sûr les explications sont importantes, mais passer des heures à théoriser n’est pas nécessaire, du moins pas durant l’entraînement. Si vous en avez envie faites-le après le cours.

femmes faisant le geste du silenceD’ailleurs on comprend souvent mieux une fois qu’on a subi quelque chose plutôt que par des minutes d’explications. Lorsqu’un élève a du mal à faire un mouvement je passe souvent par le ressenti (si je pense que cette pédagogie lui est adaptée) plutôt que par l’explication. De même, s’il a un défaut je lui fais immédiatement ressentir et instinctivement il se corrige.

C’est pour toutes ces raisons que j’aime appliquer la pédagogie du silence, c’est-à-dire un cours où il est interdit de parler (sauf problème de santé comme des douleurs anormales). Les élèves se concentrent beaucoup plus et de ce fait loupent beaucoup moins de détails. Et cela se répercute sur les cours qui suivent même s’ils peuvent parler ils ont l’esprit beaucoup plus aiguisé. 

De cette façon ils sont aussi beaucoup plus à l’écoute de leur corps, vu qu’ils ne peuvent apprendre que d’eux-mêmes. On remarque que les défauts disparaissent beaucoup plus vite car leur attention est fixée sur leur pratique.

Enfin on prête aux Arts Martiaux un côté méditatif. Je pense qu’à travers cette pédagogie ce point-là est exacerbé, on est beaucoup plus apaisé en sortant de ce type de pratique. D’ailleurs lorsque j’utilise cette pédagogie je fais durer le Mokuso du début de cours un peu plus. C’est une petite méditation qui permet de se préparer à la pratique. Si vous voulez en savoir un peu plus sur le Mokuso n’hésitez pas à consulter ici notre article qui y est dédié.

Et n’allons pas croire qu’il n’y a pas de lien social, car c’est souvent dans ce silence qu’il y a le plus de fous rires. Beaucoup de choses sont dites sans mots…

 

La pédagogie de la paix

 

J’oppose la pédagogie de la paix à la pédagogie de l’urgence et celle du défi.

 

Méditation en bord de falaise

 

La pédagogie de l’urgence peut être véhiculée par de nombreuses chose. Par exemple : les médias qui vous disent qu’il faut vite apprendre à vous défendre car vous pouvez vous faire agresser à chaque instant. De cette façon on voit fleurir certains clubs qui surfent sur cette tendance et qui mettent en avant une sorte d’hyperviolence. Attention, je ne dis pas que c’est le cas de tous les clubs de self-défense loin de là. Je suis personnellement peu convaincu que le fait de mettre l’accent sur la peur des gens les rend plus efficaces en situation d’agression.

La pédagogie du défi a toujours existée. Savoir qui est le meilleur dans telle ou telle situation date de l’époque grecque avec les Olympiades (et très probablement bien avant). Il est juste dangereux de confondre pratiquant et discipline. Cela crée des rivalités qui n’ont pas de sens et des personnes qui transforment totalement leur discipline car ils rentrent dans ce jeu. J’ai vu des professeurs de Karaté, qui n’avaient jamais fait de sport de préhension, expliquer dans leurs cours comment faire des techniques de projections pour combattre en MMA (Mixed Martial Arts). Seulement les élèves qui étaient présents voulaient apprendre le Karaté et non le MMA. Le défi est une bonne chose s’il est bien utilisé, mais se mettre de faux défis c’est aller dans la mauvaise direction !

La pédagogie de la paix c’est l’inverse de ces deux points. C’est chercher à faire partager notre discipline sans trop nous soucier de ce qui nous entoure. C’est partager pour le plaisir de partager. 

Si votre discipline a pour but des combats en duel seulement au pied/poing (comme la boxe thai ou le full contact), il vous suffit de le faire sans vous inquiéter du reste. De même si vous enseignez un art de self-défense, concentrez-vous sur votre discipline, celle que vous savez faire et qui vous correspond. Si l’on pratique quelque chose qui nous correspond sincèrement, alors on a bien plus de chances de toucher les personnes qui assistent au cours.

Ne cherchez pas à créer à quelque chose de différent pour plaire, cherchez à créer quelque chose qui vous ressemble. Ceux qui viennent le font car votre enseignement plaît et car il est différent. 

Ce qui me fait peur avec la pédagogie de l’urgence et la pédagogie du défi, c’est qu’au final de nombreuses disciplines finissent par s’uniformiser. Comme si tout le monde avait le même besoin et la même envie. C’est oublier l’adaptation qui est à la base de la pédagogie ! 

Heureusement, c’est bien plus souvent la pédagogie de la paix qui est utilisée, et j’adore aller dans un club de boxe y apprendre des choses sans jugement de valeur, mais seulement pour le plaisir d’échanger ! 

Si vous avez aimé cet article n’hésitez pas à le partager ! Si vous souhaitez repousser vos limites notre article sur le stage de 24 heures devrait vous plaire.

Cet article se termine, j’espère qu’il vous aura plu, si c’est le cas n’hésitez pas à le partager sur vos différents réseaux sociaux. Je remercie Mickaëline pour son invitation à son carnaval d’articles. 

A très vite !

Cet article est corrigé par Henri-Pierre Juguet. Nous le remercions pour son travail de qualité. Si vous aussi vous souhaitez un bon relecteur/correcteur, voici son adresse mail :

hpj.correction.redaction@gmail.com

 

 

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2 Commentaires

  1. Très bien développé comme d’habitude. Je voudrais souligner pour « L’enseignement adapté » qu’il faut faire la différence entre la pédagogie (pour les enfants – peda) et l’andragogie (enseigner aux adultes). Quelques pistes :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Andragogie
    http://www.chad.ca/fr/membres/formation-continue/responsable-de-formation/conseils-pour-formateurs/420/comparaison-entre-landragogie-et-la-pedagogie
    https://www.youtube.com/watch?v=Umlbhss33nU (différences entre pédagogie et andragogie)

    • Bonjour Bruno,

      Merci pour ces renseignements très intéressants. Je vais creuser et vous proposer un article dans quelques temps sur ce thème !

      Très bonne journée et à très vite ! 🙂

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