S’entraîner aux arts martiaux en autonomie

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Pratiquer les Arts Martiaux en autonomie, est-ce seulement possible ? Est-ce que cela peut vous permettre de progresser

Nos disciplines sont faites dans le but d’être pratiquées en binôme (ou plus), c’est pourquoi on entend souvent ce genre de réflexion. 

Cependant, ce n’est pas parce que le tennisman a une discipline qui se pratique à deux qu’il ne s’entraîne pas seul, n’est-ce pas ? De plus, l’entraînement autonome ne signifie pas nécessairement seul. Il en va de même en ce qui concerne le combattant. 

Avant cela, qu’est-ce que j’entends par “pratique autonome” ? Il ne s’agit pas uniquement d’un entraînement personnel, elle est également tournée vers une recherche personnelle et une compréhension individuelle des principes. Il y a une notion de liberté qui ressort de ce type d’entraînement. 

Cet article va vous aider à : 

  • comprendre l’intérêt de cet entraînement autonome
  • vous donner des pistes afin de le mettre en place


À qui s’adresse cet article ? Si vous êtes débutant, cet article n’est pas dénué d’intérêt, cependant vous n’avez pas encore assez de recul pour pouvoir vraiment avoir une pratique autonome, vous devrez surtout répéter les bases (et avoir une pratique personnelle). Par contre, si vous êtes un pratiquant avec une certaine expérience et que vous cherchez à faire évoluer votre pratique alors vous trouverez ici des astuces pour améliorer votre niveau

Avant d’aller plus loin nous vous rappelons que nous avons écrit 3 e-books avec 15 experts internationaux (Pierre Portocarrero, Richard Doueib, Georges Charles, etc.,..), traitant le thème “3 conseils pour faire évoluer votre pratique”

Afin de les télécharger gratuitement, c’est juste ici.

Pourquoi s’entraîner aux Arts martiaux en autonomie

Prenez votre temps

“Débutant, vous aviez souvent du mal à gérer un ou deux paramètres (coordination haut-bas, placement du regard, réactions émotionnelles et bouffées d’ego en échange avec un partenaire, orientation spatiale, etc,..). Essayez de gérer simultanément avec conscience plusieurs paramètres de ces techniques et exercices rabâchés de longue date, de mieux les investir et les maîtriser, en quelque sorte les recréer.”  

Pierre Portocarrero, expert en Karaté  “Trois conseils pour améliorer votre pratique, par 15 experts” ebook téléchargeable gratuitement ici

La première chose qui est très importante est de ne pas vous précipiter

Comme le conseille Pierre Portocarrero, le débutant doit se concentrer sur le fait de répéter les bases, car il n’est pas encore capable de s’approprier sa pratique. Il n’a ni la connaissance et la conscience nécessaires de son corps, ni la compétence technique afin de pouvoir travailler en totale autonomie. 

Si vous faites cela, vous risquez de faire comme José qui, au lieu de progresser entre chaque séance, a limité son apprentissage par des entraînements sans queue ni tête. Sans personne pour le corriger, il a cherché des enchaînements qui, avec un peu de recul, n’avaient aucun sens. Mais ce n’a pas été seulement une perte de temps à la maison, parce qu’à force de répétition il a fini par incorporer ces gestes et il a dû prendre du temps dans le but de s’en détacher. Par contre, lorsqu’il a écouté les conseils et qu’il s’est focalisé sur la répétition des bases étudiées lors des cours, cela lui a permis de les assimiler plus rapidement et de progresser bien plus vite.

 

Image du stage où Dani a parlé de cela

Dani Faynot, le Grand Master du Kali Eskrima Doblete Rapillon a expliqué dans son stage d’hiver 2023 que l’entraînement autonome doit petit à petit prendre plus de place chez le pratiquant. Il y a plusieurs raisons à cela : 

  • parce qu’il doit s’approprier les principes de sa discipline
  • il doit lier tout ce qu’il a pu apprendre au travers de ses expériences
  • il n’a pas nécessairement la possibilité de suivre les cours qui lui permettront de s’entraîner à son niveau

Et je dois vous avouer que je suis tout à fait d’accord avec cette analyse. Prenez du temps, apprenez les bases avant de mettre en place une pratique autonome.
Personnellement j’ai commencé à le faire lorsque j’ai dû m’éloigner de mon enseignant à cause d’un déménagement. Auparavant je pouvais m’entraîner avec des partenaires de niveau égal environ 12 heures par semaine. Au moment de mon départ j’avais plus de 13 ans de pratique, et j’ai mis un certain temps avant de vraiment dépasser l’entraînement personnel afin de passer à l’entraînement autonome (environ 4 ans). Avant cela je me suis essentiellement concentré sur l’amélioration des bases. Et je tiens à souligner que ce n’est pas parce que l’on prend des libertés que l’on doit oublier les bases. Je les répète encore régulièrement.

Prendre le temps de creuser

L’avantage premier du travail autonome est que vous pouvez consacrer du temps à l’étude d’un geste, un mouvement ou même un tout petit instant qui peut être limitant dans votre pratique.

Prenons un exemple concret. Vous avez remarqué lors de vos cours collectifs que lorsque vous attaquez avec votre jambe arrière vous faites un appel qui facilite les esquives de votre partenaire. Mais vous n’avez pas de temps à consacrer à ce détail durant les cours. C’est un élément qui peut être l’objet de votre travail personnel (ce n’est pas du travail autonome car il s’agit ici de répéter les bases). Maintenant, lors de cet entraînement personnel vous remarquez que vous n’arrivez pas à gérer la distance et que c’est dans ce but que vous créez cet appel. Vous mettez alors des exercices en place afin de mieux gérer la distance, vous allez modifier légèrement votre façon de bouger afin d’y arriver. Vous êtes alors dans la pratique autonome, car vous êtes en train de relier ce que vous savez de votre discipline, de vos principes, et de la compréhension que vous avez de votre corps. Vous êtes en pleine appropriation de ce savoir. Ce cheminement prend du temps, c’est en cela que l’entraînement personnel est important.

Cependant, afin d’y arriver il faut d’abord avoir des bases correctes, pour ne pas modifier votre discipline à travers votre recherche (à moins que cela ne soit le sens de votre pratique). Ce qui ne doit pas être transformé c’est l’utilisation des principes inhérents à votre enseignement. La gestuelle peut évoluer légèrement, mais les principes utilisés doivent rester les mêmes. 

Il y a également un obstacle, c’est que si vous êtes seul lors de ce travail, vous risquez d’être limité sur plusieurs points

  • l’application de ce que vous avez travaillé
  • le travail des principes dynamiques

C’est pourquoi il est important de varier les types d’entraînements (seul, avec partenaire, en groupe). L’idéal est d’avoir un partenaire de même niveau que vous avec lequel vous pouvez prendre du temps dans le but de vous entraîner sérieusement, et d’accepter de prendre du temps à propos d’un détail lorsque l’un de vous en ressent le besoin.

Améliorer la compréhension des cours de votre enseignant

Je ne compte plus le nombre de fois où Armand Vallé m’a donné des conseils et que je ne les ai compris que des années plus tard, grâce à ce travail en autonomie. 

On peut vous enseigner verbalement une multitude de choses, mais tant que vous ne l’avez pas incorporé à votre pratique cela reste très abstrait. Une fois que vous avez effleuré physiquement l’idée, vous savez que vous allez dans la bonne direction et vous arriverez plus facilement à vous rapprocher de cette sensation.

De plus, lors des cours collectifs (ou encore mieux individuels) vous aurez une meilleure compréhension des conseils que l’on vous donnera, car vous aurez une analyse plus profonde de votre pratique

Par exemple, le même conseil qu’Armand a pu me donner il y a 10 ans et aujourd’hui “soit plus relâché” ne résonne pas de la même façon en moi. Ce que j’entends est la même chose, par contre ce que je mets en application afin de m’améliorer à propos de ce point est différent. Et j’imagine que dans une dizaine d’années supplémentaire de pratique j’aurais une compréhension plus profonde et donc des actions différentes. Bien entendu, les cours collectifs m’ont aidé, mais le travail autonome m’a permis d’approfondir ce travail.

C’est d’ailleurs au sujet de ce point qu’il faut être vigilant et avoir des échanges francs avec votre enseignant principal. Lorsqu’on commence à chercher on peut s’égarer, partir dans la mauvaise direction et si vous n’êtes pas vigilant aux conseils qui vous sont donnés, vous risquez de vous éloigner de votre objectif. 

Si vous aimez la première partie de cet article je vous invite à le partager pour soutenir notre travail.

Quelques éléments à incorporer dans votre travail d’entraînement autonome

“Du travail, encore du travail, et surtout pas d’excuses bidon pour procrastiner.”

GIGN, Confession d’un OPS, Aton (Philippe B), p.359

Les échanges et la recherche personnelle

La lecture, l’écoute d’interview, les échanges avec différents experts sont toujours très enrichissants concernant votre propre recherche. Il y a deux façons de chercher

  • soit en approfondissant ce que vous connaissez (et en essayant de nouveaux chemins) 
  • soit en élargissant votre vision en cherchant de nouvelles façons d’appréhender ce que vous maîtrisez. 

Un cuisinier aguerri qui découvre un nouveau condiment (élargissement) réfléchira à la façon dont il peut l’utiliser dans sa propre cuisine (approfondissement). Ou alors, en échangeant avec un collègue il découvrira deux condiments qui se marient bien en utilisant ses bases (approfondissement) et il cherchera à utiliser cette association dans d’autres plats (élargissement).

Il en va de même pour les pratiques martiales. En enrichissant votre répertoire vous vous permettez de découvrir de nouveaux chemins, ou de nouvelles façons d’arpenter ce même chemin. 

Il faut cependant faire attention à ne pas multiplier les stages ou les cours sans autre but que de découvrir rapidement quelque chose en n’en retirant finalement rien pour votre propre évolution. Cela peut enrichir votre expérience personnelle mais vous n’êtes pas en train de nourrir votre pratique (et si c’est le but de votre démarche c’est tout à fait acceptable, il faut seulement que vous en soyez conscient). 

La recherche personnelle ne vous empêche pas de vous appuyer sur les expériences de ceux qui sont passés avant vous. 

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Et comme on le voit, les échanges sont toujours très sérieux..

Les plus grands scientifiques ne redécouvrent pas seuls les bases de leur discipline. Ils utilisent les savoirs déjà acquis afin de nourrir leur propre analyse, sans quoi ils ne pourraient pas approfondir leur vision. Et plus ils progressent, plus ils incorporent à leurs

travaux les découvertes des autres chercheurs qui œuvrent dans leur domaine. 

Par exemple, un étudiant en Histoire va d’abord apprendre celle-ci dans sa globalité, puis se focaliser sur une période (par exemple l’Histoire contemporaine), puis une zone temporelle et/ou géographique plus précise (la France durant la guerre franco-prussienne de 1870), avant de se concentrer à propos d’un thème dans cette époque (et peut-être qu’il le comparera à ce même thème dans d’autres époques) (comme la vie des femmes durant la guerre franco-prussienne). Cependant, il ne s’interdit pas de se renseigner au sujet d’autres périodes comme l’antiquité ou d’autres thèmes ou zones géographiques, mais cela reste en marge de sa propre recherche. 

C’est pourquoi plus vous parlez à quelqu’un qui a une connaissance pointue d’un domaine, plus il vous dira qu’il ne sait rien de ce qui sort de son domaine d’expertise.

Il me semble nécessaire de procéder de la même façon dans la recherche martiale. Il faut savoir dans quelle direction vous souhaitez avancer et vous concentrer sur celle-ci. Cela ne signifie pas que le reste ne peut pas vous intéresser, mais vous avancerez mieux si vous savez quelle est votre destination. Si vous avez des difficultés à vous fixer des objectifs vous pouvez lire cet article qui vous aidera.

Imaginons que vous vouliez progresser dans la partie self-défense. Les pratiques “santé” ne sont pas dénuées de sens pour autant et vous pourrez très bien écouter des interviews traitant de ce thème. C’est même très important de garder en tête qu’il existe d’autres recherches et elles peuvent nourrir votre propre démarche (par exemple, vous pouvez choisir d’ajouter un exercice en vue d’améliorer votre respiration issu d’une pratique santé à votre échauffement, ce qui impactera certainement votre pratique self-défense). Mais il faudra veiller à ce que votre recherche soit en cohérence avec votre destination. Si vous faites plus de recherches concernant la santé qu’à propos de l’auto-défense, peut-être que votre objectif à évolué (ce qui est tout à fait normal), et le fait d’en prendre conscience vous permettra de lier vos expériences. 

Je tiens à souligner que je note ici des noms comme s’il y avait une rupture franche entre la pratique d’un type A (self-défense ici) et un type B (santé). Ce sont pourtant des faces différentes d’un même dé à jouer qui en a plusieurs (on aurait pu parler de la compétition, de l’aspect social et pédagogique, etc.,..). Les frontières sont poreuses

Il faut seulement être précis dans la recherche que vous menez, afin de pouvoir progresser dans cette direction. Et c’est en cela que les échanges sont nécessaires, car ils vous permettent de vous remettre en question et d’avoir des avis externes ou des chemins de vie différents qui vous fournissent des références dans votre travail autonome. 

Les exercices que je vais vous proposer en dessous me semblent être utiles dans tout type de recherche dans le cadre de la pratique des Arts Martiaux en autonomie. 

Le tendoku renshu

Ce type d’entraînement est à la base de tout type d’entraînement technique personnel dans les Arts Martiaux et les Sports de Combat.

Il s’agit de répéter seul les gestes techniques dans le vide, en ayant une visualisation précise des gestes de votre partenaire

Le tendoku renshu peut prendre différents noms selon les disciplines, par exemple “shadow boxing” est un autre nom qu’il peut prendre. 

Certaines méthodes ajoutent des outils comme les élastiques, que personnellement j’adore utiliser. 

Cette pratique permet de passer du temps à consacrer du temps à la compréhension des gestes techniques, de se focaliser sur un instant précis ou alors de travailler de façon dynamique des aspects particuliers

Ce que je trouve personnellement très intéressant est de me focaliser sur un point précis lors de mon entraînement. 

Nous avons fait plusieurs vidéos à propos du shadow boxing, chacune donnant des astuces qui aident à se concentrer sur un objectif précis. Par exemple cette vidéo vous donne des pistes dans le but d’améliorer votre timing.

La préparation physique

En faisant une préparation physique, vous améliorerez la compréhension que vous avez de votre corps mais aussi la conscience que vous avez de vos mouvements. Et, bien évidemment, vous aurez des capacités physiques plus poussées.

Mais quel lien peut-on faire entre la préparation physique et le travail en autonomie ? De prime abord on pourrait plutôt envisager qu’il s’agit d’un entraînement personnel. Mais cela ne se limite pas à ce point. 

Imaginons que votre recherche vous pousse à améliorer la puissance de vos gestes courts (ceci n’est qu’un exemple, vous pouvez remplacer cela par n’importe quel autre élément). Vous pouvez alors envisager de mettre en place une préparation physique spécifique en vue de développer cette capacité. Ainsi l’amélioration de vos capacités physiques devient un axe de recherche et non plus un simple outil. Il y a des méthodes complètes qui sont axées sur la transformation de l’utilisation du corps, comme celle de Hino Akira ou de Akuzawa Minoru.

Si vous ressentez le besoin d’entraîner un point précis et que vous souhaitez un article / une vidéo pour vous y aider n’hésitez pas à nous le faire savoir en commentaire afin que l’on crée ce contenu.

Nous vous rappelons que vous pouvez télécharger gratuitement votre méthode de souplesse et de mobilité (avec un e-book et une vidéo de démonstration) dédiée à la pratique des Arts Martiaux et des Sports de Combat.

La préparation mentale

La préparation mentale est extrêmement importante lorsqu’il s’agit de pratique autonome. Tout d’abord parce qu’il faut réussir à se détacher de l’enseignement reçu tout en le respectant, et que ce n’est pas une chose facile. Mais aussi parce qu’elle permet de réussir à programmer vos entraînements et leurs objectifs, ainsi qu’à garder la motivation afin de les mettre en application

D’ailleurs, si vous manquez de motivation ou que celle-ci est trop irrégulière, je vous invite à consulter notre article consacré à ce thème.

De plus, il y a un exercice de préparation mentale qui est extrêmement important dans le but de réussir à assimiler certains points et à les faire évoluer : il s’agit de la visualisation. Attention, la visualisation ne consiste surtout pas à imaginer certaines choses, mais à les vivre en pensée, ce qui est très différent. Lorsque vous visualisez vous devez ressentir un maximum d’éléments, et vous pouvez aussi jouer avec certaines modalités et sous-modalités pour changer votre rapport à l’action. 

Pour vous aider à gérer la visualisation nous avons fait récemment quelques vidéos. Par exemple, dans celle-ci vous trouverez une visualisation guidée et dans cette autre vidéo vous découvrirez les choses à éviter afin que votre visualisation soit efficace. METTRE LIEN

Je tiens à souligner qu’il est parfois important d’avoir l’avis d’une personne externe sur sa préparation (qu’elle soit technique, mentale ou physique). Si vous ressentez le besoin de conseils spécifiques à la préparation mentale, ou un accompagnement personnalisé, n’hésitez pas à m’envoyer un mail ici : contact@corps-et-esprit-martial.com 

Cet article touche à sa fin. Comme d’habitude, si le contenu vous a plu n’hésitez pas à le partager afin qu’il puisse toucher un maximum de personnes

À très vite !

Cet article est corrigé par Henri-Pierre Juguet. Nous le remercions pour son travail de qualité. Si vous aussi vous souhaitez un bon relecteur/correcteur, voici son adresse mail :  hpj.correction.redaction@gmail.com

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