Shoshin, l’esprit du débutant est une chose précieuse, qu’il faut préserver tout au long de notre pratique. Je m’en suis rendu compte il y a bien longtemps.

Lorsque je pratiquais depuis quelques années (cela devait faire 4 ans) en club, je m’entraînais environ 6h30 au club par semaine. Je baigne depuis ma petite enfance dans la culture des arts martiaux, mais je m’y suis mis sur le tard (vers 13 ans) à cause de problèmes de santé. J’ai abordé le problème de motivation que j’aurais pu avoir dans l’article comment rester motivé et continuer à progresser comme dans Karate Kid. Par contre mon grand frère a commencé tôt et s’est toujours entraîné sérieusement. C’est pour cela que l’histoire qui va suivre m’a fortement frappé.

Je m’entraînais donc depuis quelques années, mais j’avais conscience d’être loin d’avoir un excellent niveau. D’ailleurs je pense que l’on atteint jamais un excellent niveau, mais on en reparlera un peu plus loin. Il se trouve que j’ai croisé une personne dans les cours de judo de ma fac qui m’a dit “je viens ici pour voir comme ça, mais le judo j’ai fait le tour”. J’ai été très étonné, et je me suis dit qu’il devait pratiquer depuis longtemps pour parler ainsi. Seulement, lorsque je l’ai vu en pratique je n’ai pas trouvé qu’il avait un niveau exceptionnel. D’ailleurs il ne gagnait pas nécessairement tous ces combats. À la fin du cours je suis allé lui demander s’il était lassé par la pratique du judo. Il m’a dit que non, qu’il adorait, mais que pour lui c’était trop simple, qu’il n’avait plus rien à apprendre (je simplifie notre conversation).

Il est tout de même revenu à un second cours. Et j’ai remarqué une chose, il n’écoutait pas du tout les conseils du professeur ou de ses divers partenaires. C’est pour cela qu’il pensait avoir fait le tour, vu que sa pratique n’évoluait pas, il pensait être au sommet. Et ce qui l’empêchait de progresser, c’était le fait de penser qu’il était au sommet. Il avait perdu l’esprit du débutant, il se sentait inatteignable. C’est ce jour-là que je me suis promis de toujours faire en sorte de me rappeler à quel point je suis un débutant.

 

 

Shoshin, c’est avoir l’esprit du débutant à chaque instant

 

Cet article s’inscrit dans une série de 5 articles qui traitent des 5 états d’esprit que cherchent tous les combattants. Ce sont shoshin (l’esprit du débutant), fudoshin (l’esprit immuable), zanshin (l’esprit persistant), mushin (l’esprit vide) et senshin (l’esprit éveillé/purifié)

 

Shoshin, l’esprit qu’a le débutant

 

Fille qui empile des bous de bois

 

Les débutants pensent souvent qu’il leur manque quelque chose. Ce truc, qu’il manque au débutant c’est l’expérience. Mais ce qu’ils ne réalisent pas c’est qu’ils ont un gros avantage, ils ont l’esprit du débutant. Et c’est un atout formidable qu’il faut tâcher de garder tout au long de notre pratique !

"Je n'ai pas d'élève. Dès le commencement, j'ai voulu être l'ami de tous. 
Chacun de vous est mon professeur." 
                                        Morihei Ueshiba, fondateur de l’Aïkido

 

Mais c’est quoi Shoshin ?

 

L’esprit  du débutant est un état d’esprit où l’on est consciencieux et l’on  fait attention à tout ce que l’on fait. Lorsque nous démarrons une activité nous prêtons attention à chaque mouvement à chaque point précis que nous exécutons. Il faut que cela reste ainsi dans chaque instant de notre pratique.

 

Chien qui fixe objectif

 

Malheureusement, après quelque temps de pratique cet état d’esprit est perdu. Cela est plutôt mauvais pour notre progression mais aussi notre façon de pratiquer. Nous allons d’abord illustrer nos propos avec des exemples pour être sûrs que vous nous comprendrez bien puis on expliquera les conséquences que cela peut avoir.

 

Shoshin, c’est dès le salut

 

La plupart des arts martiaux et sports de combat commencent par un salut. Il est la marque de notre concentration.

Lorsque vous débutez dans votre nouvelle activité vous faites très attention à chaque point du salut, comment mettre les mains, les pieds, à quel instant  s’incliner, faire tel geste.

 

Deux enfants qui font du ski
Ces enfants sont concentrés pour ne pas tomber. C’est le shoshin qui les fait se concentrer.

 

Mais au fil du temps ce rituel est fait avec moins d’attention on agit par automatisme. Un peu comme un enfant à qui l’on montre comment enfiler des perles, vous êtes très consciencieux. Il faut réussir à préserver cette âme d’enfant, ou de débutant.

Souvent nous oublions de nous concentrer comme si tout était banal et facile. C’est très mauvais car nous ne sommes plus concentrés sur chaque instant, nous ne sommes plus dans l’instant présent. Il faut au contraire toujours veiller à faire un salut de qualité.

Le salut montre l’état d’esprit dans lequel on pratique (oui je t’ai vu José, tu peux t’asseoir pas la peine de faire le salto je t’ai remarqué).  

 

Shoshin, c’est aussi lorsque vous apprenez des techniques

 

Lorsque vous apprenez une technique, vous êtes en règle générale assez concentrés sur chaque détail et sur votre ressenti. Mais une fois que vous la connaissez, vous prenez l’habitude de la répéter un peu comme un robot (mais avec la puissance de calcul en moins). Pourtant c’est la phase la plus importante, celle que vous répéterez toute votre vie de pratiquant : l’entraînement.

 

Shoshin, un moyen de progresser plus vite

 

S’acharner à répéter un mouvement sans se concentrer sur celui-ci, va bien sûr vous faire progresser, mais à moins grande ampleur. Et vous augmentez le risque de blessure.

Il est prouvé aujourd’hui que lors la pratique de la musculation si nous sommes concentré sur le muscle qui travaille alors celui-ci progresse beaucoup plus vite. Il en va de même avec nos mouvements. Si on ne cherche pas à les améliorer alors on risque de ressentir moins vite ce qui cloche dans votre pratique. Ainsi cela prendra peut-être plus de temps développer ses aptitudes. 

 

 

Shoshin, c’est aussi pour le pratiquant avancé

 

Shoshin, c’est un moyen de continuer d’apprendre

 

Shoshin, c’est avoir un certain point de vue sur sa propre pratique. C’est resté humble. C’est réussir à se remettre en question dans ses idées, dans ses mouvements.

 

Un enfant qui explique à un autre

 

La concentration découle de shoshin, ce n’en n’est pas l’origine. Vu que vous ne vous sentez pas supérieur, vous êtes disponible pour apprendre. Si vous êtes certain de tout savoir, votre cerveau est déjà plein, il sera impossible d’y faire entrer quoi que ce soit. Moins vous serez certain de ce que vous savez, plus vous serez capable d’apprendre.

Bien sûr il ne faut pas négliger l’aspect de l’expérience qui vous permettra de cerner plus rapidement ce qui est bon ou mauvais pour vous. Oui on a tous déjà goûté la terre, et oui on a compris que c’était pas bon, pas la peine de recommencer !.

Du point de vue un peu plus technique, on dit souvent que les mouvements ont trois niveaux de compréhension. Et souvent on pense que le troisième, le dernier que l’on obtient est plus important. Puis shoshin permet de reprendre le mouvement à sa première étape, parce qu’on ne progresse que comme ça. On renforce d’abord les bases et on grimpe dessus petit à petit. C’est le concept shu-ha-ri. Si vous souhaitez un article complet dessus faites le nous savoir.

 

Escalier en colimaçons
L’apprentissage ressemble un peu à ces escaliers. On arrive toujours à un palier assez proche de celui d’avant et on refait un chemin similaire.

 

Shoshin, ce n’est pas que japonais

 


Statue de PlatonShoshin peut sembler très japonisant comme concept. Mais les philosophes occidentaux, à commencer par Platon, ont toujours préconisé l’étonnement. Et pour cela il faut être capable de faire table rase de nos convictions.

Einstein à dit : “Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise, est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints”. Cette phrase convient tout à fait à un combattant.

 

Shoshin, c’est une marque d’humilité

 

Développer l’esprit du débutant c’est aussi rester disponible et humble à n’importe quel niveau.

J’ai vu des maîtres (plus de 60 ans d’expérience) parler d’autres pratiquants en disant lui c’est un expert, j’ai appris avec lui, ou j’aimerais le rencontrer. Ils restent humbles et ouverts même si leur esprit critique s’est aiguisé.

 

Personnel qui présente les hommages

 

Et il faut qu’il en soit ainsi car nous ne pouvons progresser que si nous acceptons d’être critiqués. On apprend plus de nos erreurs que de nos réussites.

J’ai aussi pu voir des pratiquants assidus se concentrer sur le mouvement de base comme si c’était la première fois qu’ils l’apprenaient. Il n’est pas rare de voir des 8ème dan de karaté se concentrer sur un tsuki (coup de poing) de base pendant des heures. Lorsqu’on réalise le nombre d’heures de pratiques qu’ils ont derrière eux, comment pourrions-nous avoir l’arrogance de dire que nous n’avons pas besoin de nous concentrer sur ces mouvements ?

 

Shoshin, c’est faire peau neuve à chaque moment

 

Shoshin c’est ce qui nous permet de toujours progresser. On redécouvre la technique avec un esprit neuf. On est concentré sur le moment présent, on oublie ce que l’on connaît (ce fait de lâcher prise et de se concentrer sur l’instant présent est une constante dans tous les états d’esprits que nous étudierons).

 

Homme qui tire à l'arc

 

Lorsqu’on perd l’esprit du débutant on perd la capacité à être critiqué comme si la critique devenait une chose mauvaise et qu’elle  venait nous attaquer personnellement.

Shoshin évite que l’on s’enferme dans une pratique ennuyeuse, comme le jeune homme dont je parlais en introduction.

Shoshin, c’est détruire l’égo

 

Statue de mandelaShoshin c’est aussi la séparation entre nous et la pratique, c’est détruire l’ego. Si on met trop d’ego dans ce qu’on fait et si on y met trop de cœur alors on n’a pas assez de recul. Avoir de l’égo, c’est se limiter soi-même, car on empêche notre esprit d’apprendre à chaque moment.

La célèbre phrase de Mandela “Dans la vie je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends” est très applicable aux arts martiaux et aux sports de combat. Lorsque l’égo est détruit, lorsque nous ne nous voyons plus comme un expert mais comme un simple débutant, une défaite devient une leçon dont nous tirons parti.

 

Comment entraîner votre shoshin ?

 

Je vais maintenant vous donner quelques pistes pour que vous puissiez vérifier que vous entraînez toujours votre shoshin. Ce ne sont que de brèves idées, car ce sont des choses qui sont parfois difficiles à percevoir.

 

  • Tenez un carnet d’entraînement et marquez à chaque fois ce que vous avez appris à la fin de la séance. Que cela soit un nouveau ressenti, une nouvelle technique etc.. Cela vous permettra de vous rendre compte qu’il vous reste beaucoup à apprendre. En plus c’est un très bon moyen de se voir progresser.
  • Si un débutant vous donne son avis, un conseil ou vous pose une question, faites attention de bien l’écouter jusqu’au bout.
  • Pendant que le professeur parle ou montre un exercice observez un silence complet et essayer d’enregistrer un maximum les informations.
  • Acceptez de vous entraîner avec tout le monde, et travaillez le plus sincèrement  possible.

Si je devais associer shoshin à un élément cela serait sans doute le feu. C’est ce qui déclenche en nous un feu intérieur qui nous rend curieux et nous donne la force d’avancer. Lorsque nous perdons notre curiosité initiale ce feu diminue il est plus difficile de s’entraîner. Gardons un grand feu shoshin dans nos coeurs !

Si vous souhaitez aller plus loin dans cette recherche je vous conseille de lire ” Esprit Zen, esprit neuf” de Shunryu Suzuki qui traite de cet état d’esprit dans le zen.

Si cet article vous a plus n’hésitez pas à le partager un maximum et à commenter sur votre propre façon de voir shoshin. Si vous souhaitez lire un article pour vous aider à sortir de votre zone de confort pour développer votre shoshin je vous conseille de cliquer ici.

A très vite !

 

 

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