Comment s’améliorer dans son travail à deux

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travail a deux arts martiaux
Photographie prise par Bruce Caron

Le travail à deux est au cœur de nos disciplines, mais lorsqu’on tente de s’améliorer on se focalise sur la pratique solitaire. C’est logique car c’est un moment où l’on peut porter une attention particulière à nos défauts. Cependant, il peut être pertinent de réfléchir aux moyens d’améliorer notre performance en binôme

Le travail à deux, que cela soit avec un partenaire précis ou un nouveau partenaire, s’améliore grâce à des efforts réguliers et une attention particulière. Ce n’est pas quelque chose qui est né tel un coup de foudre de Martial, il faut du temps pour établir cette relation de confiance.

Dans cet article nous allons vous donner des pistes pour vous améliorer sur ce pilier de nos pratiques. Si cet article vous plaît, partagez-le à un maximum de vos partenaires pour que vous puissiez progresser ensemble.

Améliorer la qualité du travail à deux

Confiance

Si vous manquez de confiance, soit en vous soit en votre partenaire, vous allez nécessairement réduire la qualité du travail que vous produirez. 

Il est important de veiller à renforcer votre confiance. Commencez par apprendre vos limites et comment les dépasser. C’est en prenant conscience de vos capacités, sachant ce dont vous êtes réellement capable ou incapable, que vous pourrez agir sans freiner vos actions. 

travail a deux confiance

Construisez également une confiance en vous et en votre partenaire grâce au travail à deux. En intensifiant votre travail petit à petit (de la manière dont on vous en parle en deuxième partie de cet article) vous serez plus serein. 

Quant à progresser dans le rapport avec un pratiquant que vous rencontrez pour la première fois, c’est en ayant l‘habitude de changer régulièrement de partenaire que vous augmenterez cette aptitude. En effet, chaque personne a une façon propre de bouger, d’agir, de réagir, etc,.. En ayant eu de nombreux partenaires vous aurez vu beaucoup de schémas d’actions différents et vous serez moins stressé lorsque vous pratiquerez avec quelqu’un pour la première fois. 

“Bien sûr, cela demande que nous considérions pleinement notre partenaire comme notre égal, raison pour laquelle il n’y a pas de grades en Systema, et que l’interaction ait lieu dans le moment présent, dans la joie du partage et du fait d’explorer/apprendre ensemble dans une relative absence de dialogue interne.”

Sébastien Villalba, expert en Systema  “Trois conseils pour améliorer votre pratique, par 15 experts” ebook téléchargeable gratuitement ici

Prendre le temps d’instaurer une relation

Une grosse erreur est souvent de vouloir agir comme si l’on se connaissait depuis des années alors que l’on a fait que quelques échanges. 

Se découvrir demande du temps. En voulant aller trop vite vous risquez de vous blesser. 

Prenez le temps de savoir comment chacun réagit lors de telle ou telle action. Lorsqu’on bâtit une relation pour le travail à deux ce n’est pas une course de vitesse mais un marathon. Créez des bases solides vous permettant d’être certain que votre partenaire est une personne avec laquelle vous pouvez vous entraîner pleinement. 

Là où cela est le plus flagrant c’est lors des démonstrations. Par exemple, certaines personnes restent immobiles lors d’une Coupe au katana sur une partie de leur corps alors qu’il y a un danger réel. J’ai pu assister à une coupe d’ananas au katana sur la gorge et j’ai été stupéfait de la confiance qui se dégageait entre l’enseignant et le pratiquant. 

Discuter

Comme dans tout rapport humain, l’échange est important pour améliorer votre travail à deux. Bien sûr la pratique en elle-même est un moyen de communication mais vous pouvez aussi prendre le temps de parler. 

travail a deux echanger
Photographie prise par Darij Zadnikar

Vous allez certainement vous demander pour parler de quoi. Eh bien ! Il existe plusieurs sujets que vous pouvez aborder. Tout d’abord le ressenti sur votre pratique commune. Que ce soit lorsque vous travaillez ensemble ou séparément. Que pensez-vous du dernier stage, de votre dernier cours ? Qu’avez-vous vraiment aimé ? 

Vous pouvez également parler de vos mouvements lors de votre entraînement commun. Est-ce que vous trouvez qu’il y va trop fort ou au contraire qu’il pourrait accélérer. Prenez le temps de le lui dire. 

Enfin, vous pouvez créer une relation plus intime en parlant de vos vies personnelles. Vous serez plus à même de comprendre pourquoi il est plus raide de l’épaule droite lorsqu’il vous aura expliqué sa chute de vélo et les séquelles qu’il en a gardé. Vous pouvez même aborder votre vie personnelle, votre emploi, votre vie de famille.. Des points qui vous permettront de mieux vous comprendre et d’augmentez votre confiance mutuelle.

Améliorer l’intensité du travail à deux

Accélérer petit à petit

Lorsqu’on s’entraîne à deux on a souvent envie d’accélérer. Et c’est très bien. Un des plus gros défauts que je vois est souvent les attaques de “papys”, c’est-à-dire que les personnes ne s’attaquent qu’à 50% de leurs capacités sans chercher à augmenter l’intensité.

Cependant, vouloir aller trop vite immédiatement c’est augmenter le risque de mal faire voire de blessure. J’aime beaucoup comparer l’apprentissage d’un Arts Martial ou d’un Sport de Combat avec l’apprentissage musical que votre partenaire. Si vous savez jouer un morceau seul rapidement, il sera plus facile de le jouer avec un ou des partenaires. Mais, il vaut mieux commencer un peu moins rapidement, en prêtant attention aux détails si vous souhaitez avoir un beau rendu. 

travail a deux
Photographie prise par Bruce Caron

Ce n’est pas seulement une question d’être capable de faire le mouvement vite et fort en étant de bonne qualité, mais c’est aussi être certain d’être sur la même longueur d’onde, de suivre le même schéma. Prendre le temps de faire quelques échanges plus lents et d’augmenter petit à petit la vitesse permet de trouver un bon rythme et de garder une propreté technique. Car, si cela se trouve, ce jour-là votre partenaire habituel est blessé ou fatigué et si vous commencez sur les chapeaux de roues vous ne ferez rien de bon.

Cela peut d’ailleurs devenir un moment particulier pour vérifier vos bases comme vos appuis, vos articulations, vos gestes techniques, bref, ce n’est pas une perte de temps.

Porter une attention particulière à l’attaque

Dans les Arts Martiaux comme dans les Sports de Combat tout part de l’attaque. Cependant, le terme attaque est déjà complexe à définir, car une défense est une attaque de l’attaque adverse (et j’écris cela en étant sobre). 

“Après la démonstration de technique du maître, les élèves s’entraînaient ensemble et devaient frapper aussi fort qu’ils le pouvaient, sans essayer coopérer les uns avec les autres.”

Uchideshi, dans les pas du maître, Jacques Payet, p.35
travail a deux attaque

Dans votre travail à deux il est essentiel d’être très attentif à la qualité des attaques faites. Veillez à avoir un geste technique le plus propre possible lorsque vous travaillez un geste précis. C’est à cette condition que le mouvement deviendra plus naturel. Je ne connais aucun pratiquant, qu’il soit boxeur, taekwendoka ou pratiquant de Iaido qui ne se soit exercé des milliers de fois à faire ses mouvements. 

Un des points sur lequel vous pouvez vous concentrer chez vous est d’être le plus explosif possible. C’est-à-dire partir de l’état immobile à l’état le plus rapide que vous pouvez, en faisant le moins d’appels possible. Il existe de nombreux exercices possibles pour cela.

Léo Tamaki vous donne quelques conseils afin de vous améliorer dans le rôle de Uke.

Comment s’améliorer dans le rôle de Uke

“Comme personne dans le dojo ne porte réellement d’atemi, ne transperce au couteau ou pourfend au sabre, ceux qui adoptent de façon insouciante une attitude qui ne leur permet que difficile d’esquiver lorsqu’ils sont attaqués, jambes écartées, hanches baissées et tête en avant, ne sont pas rare”

“ À propos de l’objectif de la section spéciale d’exercice de randori que je compte bientôt mettre en place au Kodokan” Jigoro Kano, dans judo en 1937

Le rôle de Uke / partenaire (sparring ou pas) est un rôle extrêmement important dans nos disciplines et dans le travail à deux. Si notre partenaire nous bloque sans arrêt on ne progressera pas, mais s’il ne nous offre aucune résistance on risque de ne pas progresser non plus. 

Il est extrêmement difficile de trouver le juste milieu, de savoir quand et comment offrir la bonne dose de résistance sans gêner la progression de notre camarade.

travail a deux Uke
Photographie prise par rudresh_calls

Lors d’un travail à deux il est essentiel de chercher cette bonne dose. Pour cela vous pouvez ajuster de nombreuses variables. 

De plus, il est extrêmement intéressant de porter une attention particulière à la réception du Uke. Les Ukemi (chutes) mais aussi les réceptions de frappes peuvent être interprétées de deux façons différentes (qui dépendent du système de votre école). Vous pouvez soit chuter  / réagir après avoir subi un choc, cela devient une conséquence de l’action de votre partenaire. Et vous pouvez aussi agir en amont, afin de limiter l’action du partenaire. Il faut bien savoir dans quel cadre vous vous situez afin de permettre à votre binôme de progresser correctement. 

On travaille toujours les deux rôles

Un autre point extrêmement important est de travailler régulièrement les deux rôles. Comme je l’insinuais précédemment il y a peu de différence entre le rôle de “l’attaquant” et du “défenseur” et dans le cadre du combat, selon l’exercice, cette frontière peut disparaître totalement.

Le fait de travailler les deux rôles permet de mieux comprendre comment progresser dans le travail à deux, de savoir ce qui est attendu et ce qui peut bloquer l’autre. Il est également important pour faire ressentir et permet de mieux communiquer avec l’autre.  “Tu vois, lorsque tu fais cette partie du mouvement je sens comme un à-coup qui me dérange, est-ce que tu penses qu’on pourrait faire autrement ?”. 

D’ailleurs, autre point nécessaire, il faut avoir ressenti cette technique par quelqu’un que vous savez plus expérimenté que vous pour essayer de tendre vers le mouvement. Ainsi, vous pourrez par exemple dire : “Lorsque c’est tel enseignant qui me fait subir la technique, je ressens plus de puissance à ce moment.”. Avoir un référentiel commun vous permettra de savoir vers quoi vous diriger ensemble.

Ne faites pas comme José qui adore faire voler les autres mais qui esquive le rôle de Uke. Même si comme lui vous faites de très bons barbecues et qu’on vous pardonne, cela ne vous permettra pas de progresser autant que vous le souhaitez. 😜

Se préparer en amont

Il existe plusieurs choses que vous pouvez faire pour vous améliorer lorsque vous êtes seul.

Visualiser

Par exemple, vous pouvez visualiser vos mouvements. Cela va vous permettre de mémoriser ce que vous avez à faire mais aussi d’ancrer en vous les solutions et d’être plus fluide pour les mettre en action.

Bien entendu, la visualisation demande un respect de certaines consignes pour être faite efficacement. On vous invite à bien les suivre pour éviter tout problème. 

travail a deux visualisation
Photographie prise par MartialArtsNomad.com

Par exemple, vous pouvez prendre le temps de visualiser le moment où vous semblez trop relâché et essayer de vous contracter intentionnellement. Vous pouvez ensuite faire ce mouvement en Tendoku Renshu (mouvement dans le vide, shadow boxing) afin d’ancrer la sensation visualisée dans le geste la sensation visualisée.

Vous pouvez également prendre l’habitude de visualiser ce que vous avez travaillé en cours le soir même de celui-ci. Ainsi, vous mémorisez mieux vos cours et serez plus détendus avec vos partenaires car vous vous souviendrez mieux des gestes à faire.

Travailler sur ses craintes

L’un des principaux freins au rôle de partenaire, c’est la peur. Il y a deux peurs, très proches l’une de l’autre, qui peuvent ralentir votre travail à deux :

  • la peur de vous blesser
  • la peur de blesser votre partenaire

Vous remarquerez rapidement que ces deux craintes sont liées à l’intégrité physique. Il y a trois choses à intégrer pour limiter ces problèmes.

  • 1 : Vous n’êtes pas en sucre. Vous n’allez pas vous blesser si facilement (à condition que vous respectiez les consignes données)
  • 2 : Votre enseignant veille à votre intégrité physique. Le rapport de confiance entre un enseignant et son élève est quelque chose de sacré.
  • 3 : Le risque 0 n’existe pas. J’entends souvent “si tu as peur de te faire mal il faut faire de la danse”, seulement en danse aussi il existe un risque de blessure (surtout lorsqu’on cherche à vraiment progresser). Je pense que lorsqu’on cherche à dépasser ses limites on augmente le risque de blessure. Le but est de ne jamais vous blesser et pour cela il faut bien respecter votre repos par exemple.

Cet article touche maintenant à sa fin, n’hésitez pas à nous dire ce qui vous bloque le plus dans votre travail en binôme en nous laissant un commentaire. Cela nous donnera des pistes pour vous conseiller dans les prochains articles.

À très vite ! 

Crédits photographie :
tête d’article : Bruce Caron
Les deux femmes qui sourient : Darij Zednikar
Le faux coup de poing : Matt Lemmon

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