Léo Tamaki est un OVNI dans la sphère de l’Aïkido. Il a une vision très différente de la pratique de cette discipline. Il cherche à remettre l’efficacité au coeur de l’étude, tout en gardant les grands principes de l’Aïkido. 

J’ai eu la chance de croiser Léo Tamaki à plusieurs reprises. C’est un homme très sympathique et humble. Je tiens à le remercier ainsi que le club de Montgeron qui nous a laissé prendre et nous a offert des photos de l’évènement afin que nous puissions les publier ici. 

Dans ce stage j’ai eu la chance de sentir les techniques faites par Léo Tamaki, mais aussi de travailler avec Julien et Clément, les deux Uke qu’il avait emmenés pour l’occasion ! 

Ce que je vous présente ici n’est que ma propre compréhension des informations que j’ai eues dans ce stage. Comme vous le savez, chacun perçoit un même événement d’une manière différente de son voisin. Il est donc possible que j’ai mal compris une information, et si vous pensez que je suis dans l’erreur, je vous serai reconnaissant de me corriger en écrivant votre opinion dans les commentaires.

De plus, expliquer un ressenti est complexe, surtout lorsque ce ne sont pas des notions que l’on maîtrise parfaitement. Il se peut donc que je ne sois pas clair dans les informations. N’hésitez pas à me poser des questions en commentaire, j’y répondrai avec joie. 🙂 

Enfin ceux qui veulent savoir pourquoi je vais à un stage d’Aïkido alors que je ne pratique plus cette discipline depuis quelques années, je vais vous répondre simplement : c’est pour m’améliorer. Cela me permet de sortir de ma zone de confort. Et vous voulez savoir pourquoi je veux sortir de cette zone de confort ? Pour apprendre de nouvelles choses, pour mieux gérer le stress,  par exemple, mais je vous en dis plus ici.

Je vais juste définir deux mots avant de commencer cet article, car je vais les employer régulièrement : 

  •  Uke : celui qui reçoit la défense, et donc qui attaque
  •  Tori : celui qui impose la défense, et donc qui reçoit l’attaque

Léo Tamaki et l’Aïkido Kishinkai

Un pratiquant nomade

Photo avec Léo TamakiLéo Tamaki a beaucoup voyagé avant de se “poser” dans l’Aïkido. Il a fait des styles très durs comme du Full Contact, avant de rencontrer l’AÏkido. Il a essayé plusieurs styles pour trouver ce qui lui correspond.

Ce que je retiens surtout de mes rencontres avec lui c’est que l’homme totalement abordable, humble et avec une bonne dose d’humour (comme le montre cette interview qu’il a donné en 2013).

Son style est fortement empreint de l’Aïkido de Tamura-sensei et du Shinbunkan de Kuroda-sensei. Des écoles où le relâchement et la fluidité du mouvement sont au coeur de la pratique. C’est d’ailleurs une chose qui m’a particulièrement marqué, le relâchement dans les mouvements, tout en restant très présent dans la menace qu’il exerce.

Une école différente

Cela l’a poussé à créer (avec trois autres personnes) l’école d’Aïkido Kishinkai. Cette école, très souple, est marquée par le rôle très actif d’Uke et le positionnement fort de Tori.

Léo Tamaki reste attaché au combat, il lui permet faire évoluer sa pratique et de se tester comme, il le dit dans une interview.

“Oh non, il m’arrive encore de combattre, même si ce n’est plus aussi fréquent que par le passé. Je suis encore en pleine formation dans ma pratique. J’ai donc besoin d’évaluer régulièrement l’intérêt de tel ou tel type de travail au travers de ses résultats. Je crois qu’arrive un moment où il n’est plus nécessaire de combattre. Mais je n’en suis pas encore là. Le problème est de ne pas combattre pour combattre, s’affronter pour le plaisir, pour satisfaire son égo. Le combat est un test, il ne doit pas être la base de la pratique. Ca a été mon cas pendant très longtemps.”

 

Léo Tamaki(1)

Ce rapport au combat crée une pratique très axée sur la menace constante de Uke par Tori et des réactions de Uke pour se préserver

Cette école met l’accent sur le Kaeshi-waza (technique de contre, ou de retournement de technique). Ce qui fait que Tori et Uke sont tout le temps très concentré dans la pratique. 

 

Retour sur le stage de Léo Tamaki

 

Le rôle du Uke

 

L’une des premières choses sur laquelle Léo Tamaki  a appuyé c’est le rôle de Uke. Sans attaque correcte les défenses ne peuvent pas être efficaces. Pour que l’on fasse bien nos mouvements, nous avons travaillé de façon à ce qu’Uke prenne le dessus sur le mouvement. Nous devions toucher notre attaque shomen (mouvement vertical de coupe), et mettre Tori au sol.

Une chose qui m’a perturbé dans mes habitudes c’est la façon de poser notre corps et le poids dans nos déplacements. Il nous a expliqué qu’il est important de poser la frappe avant le poids du corps. Le sabre, la main, doit arriver avant que le pied ne se pose. C’est d’ailleurs une marque de l’école Kishinkai.

L’explication qu’il nous offre, et qui est sensée, c’est qu’il faut d’abord se protéger avec le membre avant de s’avancer et de se mettre en position de danger.

En tout cas, c’est quelque chose de très complexe à mettre en place, lorsque cela fait plusieurs années que l’on travaille de façon à avoir le pied qui arrive en même temps que la frappe.

 

Léo Tamaki explique les différentes distances de travail

 

Un autre point sur lequel il a appuyé c’est la réaction de Uke. 

 

“Un Uke ne va jamais se fixer, il ne va pas rester bloquer. Un Uke, s’il est en difficulté, il bouge” 
(ceci est un retour de propos fait de mémoire, ce n’est donc pas du mot pour mot, mais seulement la transcription de mémoire).

 

Le fait d’avoir un partenaire qui est mobile rend les mouvements plus logiques et naturels.

 

Tori s’impose…

 

Tori doit faire preuve d’engagement ! Il ne doit pas rester trop loin, il doit prendre le contrôle du centre de son partenaire. 

 

Léo Tamaki démontre Ikkyo

 

Tori doit vraiment diriger le mouvement. Pour cela il doit casser la distance. On a souvent tendance à être à une distance de combat rituel, de rester trop loin. De la même façon, on veut donner la direction trop vite et on prend de mauvais raccourcis. Par exemple, si l’on doit dessiner deux côtés d’un carré avec la main, on risque de faire la diagonale en accélérant le mouvement. 

Quelles sont les conséquences de cette distance faussée et de cette direction qui est mauvaise ? On utilise de la force, force que l’on n’a pas toujours pour contrôler notre partenaire. 

 

… est menaçant…

 

Léo Tamaki met vraiment l’accent sur les principes, les notions importantes, plutôt que sur les techniques en elles-mêmes. 

Par exemple, nous avons beaucoup travaillé sur Ikkyo, une clé de bras. Mais ce que Léo Tamaki nous a fait le plus travailler, c’est la direction et la distance. Il a insisté sur le danger que représente Tori, en rentrant et perturbant le centre de gravité de Uke.

Pour cela, plutôt que de s’inquiéter des problèmes de levier, Léo Tamaki nous a fait rentrer profondément dans le mouvement de Uke, et il a démontré l’importance de savoir relâcher le contrôle qui devient difficile à tenir pour frapper notre partenaire. En déstructurant notre adversaire, il ne peut plus se protéger, il devient alors une cible vulnérable. 

 

Léo Tamaki montre le placement et l'engagement à avoir sur Ikkyo
Il nous montre les zones ouvertes pour frapper notre partenaire.

Tori va donc s’imposer en permanence dans la garde de son partenaire, et c’est pour cela qu’Uke ne peut pas se sortir de cette situation. De plus, pour créer un déséquilibre chez le partenaire, Uke doit le frapper ou le menacer dans le mouvement. Uke bouge pour se mettre à l’abri, pas pour le plaisir de Tori. Uke réagit au “seme” (le fait de montrer une forte menace et de prendre l’ascendant sur le partenaire) de Tori.

C’est un peu comme un chien (en tout cas le mien) qui vient vous faire un câlin le matin, il est toujours dans vos jambes, vous avez beau reculer il ne laisse pas le vide se créer ! Pour moi cela fait partie de ce que l’on appelle “imposer son rythme”.

 

… tout en s’effaçant

 

Par contre ce qui m’a plus dérangé, c’est la notion d’effacement qu’il y a chez Léo Tamaki ainsi que chez Julien et Clément. C’est un point sur lequel ils insistent beaucoup, il faut éviter d’opposer de la force au partenaire. Il faut lui proposer un relâchement important. Mais vraiment important ! 

J’essaie de travailler de manière relâchée et souple pour de nombreuses raisons, mais c’est la première fois que j’avais l’impression de n’avoir personne en face de moi, que cela soit en Uke ou en Tori. Ils accompagnent tous nos mouvements, de telle façon que l’on a l’impression de ne pas avoir qui que ce soit en face. 

Ah non ! Il y a aussi les fois où je dois m’entraîner avec José mais qu’il s’efface subitement pour faire autre chose… Mais ceci est une autre histoire !

 

Photo lors d une démonstration technique

 

Vous allez vous dire “Bon bah c’est facile de les contrer ou les contrôler !”. Eh bien ! Pas du tout, c’est même le contraire. Si l’on n’a pas d’informations car on ne sent pas notre partenaire, c’est lui qui nous contrôle. 

Par exemple, lorsque je ne sentais pas leur présence en tant qu’Uke c’est parce qu’ils s’étaient déplacés de façon à se mettre hors de danger. Et lorsque je ne sentais pas leur présence en tant que Tori, je ne savais pas où était la menace prête à me frapper. C’est ce que j’appelle les atémis invisibles.

C’est vraiment très perturbant, on a l’impression d’être contrôlé par quelque chose que l’on ne sent pas.

Autre chose qui doit totalement disparaître, ce sont les temps d’arrêt. Si Uke n’a pas pour but de se figer, Tori n’a pas pour but de rester dans l’attente. Il l’a dit plusieurs fois, je préfère une technique fluide et lente que rapide et avec des temps d’arrêt. Sur ce point, je n’ai pas du tout été déstabilisé, cela correspond également à ma recherche ! 

 

Ce que j’en retire pour ma propre pratique

 

Bien sûr, tout n’est pas applicable à la pratique de l’Art Martial que j’enseigne, le Ju-jutsu Mushin ryu. Le fait de chercher à disparaître autant ne correspond par exemple pas à ma recherche, par contre je garde en tête le ressenti du relâchement pour pouvoir le travailler et m’améliorer sur ce point. D’ailleurs, c’est un point si important qu’on vous fera un article sur celui-ci dans quelque temps ! 

Par contre,  sur l’idée des atémis invisibles, que je travaille depuis mon tout premier stage de 24 heures, j’ai compris encore d’autres notions que je vais garder. Durant ce stage de 24 heures j’avais bien senti le système de “Seme” et d’ouverture constante, du fait de pouvoir frapper à chaque instant. Par contre j’avais peut-être un rôle trop passif de Uke, je ne cherchais pas assez à me préserver. Si vous voulez en savoir plus sur le stage de 24 heures qui est un excellent moyen de dépasser vos limites, je vous invite à lire cet article

Sur la façon de donner la direction au mouvement également je vais garder des idées que j’ai pu acquérir dans ce stage.

Plus important encore, Léo Tamaki a commencé son cours en parlant des principes. Les Arts Martiaux ont des principes universels, et c’est ce travail qui me paraît le plus important

Voilà comment je lis ce stage au final. Le principe de déséquilibre, par exemple, est universel, et il nous a présentés ici, une façon qu’il a de le provoquer. Cette façon utilise elle-même d’autres principes, celui de fluidité par exemple. Pour moi le plus important à retenir, c’est le travail de ces principes, et le ressenti. Des choses que je ne peux malheureusement pas vous expliquer ici. Je vous invite donc à vous déplacer aux stages de personnes dont vous avez envie de découvrir le style de plus prêt. 

 

Un petit mot sur le club de Montgeron

 

Je voudrais terminer cet article avec un mot de remerciement pour le club hôte de ce stage. Les représentants m’ont reçu avec joie et sans a priori, ce qui n’est pas toujours le cas. On remarque immédiatement un club familial, avec des personnes qui rigolent et se font des blagues.

Si l’on est dans une ambiance détendue et agréable, le travail n’en est pas moins intense. Peu de personnes parlent sauf pour donner des conseils avisés. Les attaques sont sincères et tout le monde cherche à progresser ensemble. 

Cadeau pour Léo Tamaki en fin de stage

Ce qui m’a étonné, c’est que les gradés m’ont demandé mon avis sur leur technique, la façon dont je la ressentais, alors que je fais partie d’un autre Art Martial. Ils sont vraiment ouverts d’esprit, dans la volonté de progresser. Pour moi ce club est empreint de Shoshin, l’esprit du débutant, qui est nécessaire à l’évolution dans les Arts Martiaux. Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez consulter cet article.

Cet article se termine, je tiens à remercier le Léo Tamaki, les responsables du club d’Aïkido de Montgeron et l’ensemble des participants pour ce super stage ! 

 

Si vous voulez d’autres retours de stage vous pouvez consultez ces deux articles : 

Cet article est corrigé par Henri-Pierre Juguet. Nous le remercions pour son travail de qualité. Si vous aussi vous souhaitez un bon relecteur/correcteur, voici son adresse mail :

hpj.correction.redaction@gmail.com

1 : Léo Tamaki, interview de 2009

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