Le Mokuso de début et de fin de cours est une forme de méditation asiatique appliquée aux Arts Martiaux. Il peut être perturbant pour un débutant, et cela se conçoit. Mais il est tout aussi complexe de l’appréhender en tant qu’initié. Nous allons voir ensemble les diverses facettes de cette activité ! Et nous parlerons aussi d’une possible méditation durant un cours d’un art martial ou un sport qui ne serait pas japonais, comme la boxe ou la capoeira.

 

 

La pratique du mokuso

 

Le mokuso au dojo

 

En dojo, le mokuso se pratique régulièrement en début et en fin de cours, durant le salut. Il peut durer quelques secondes à quelques minutes selon l’instructeur, le cours qui est prévu, les obligations qu’il peut y avoir comme libérer le dojo rapidement.

 

Moine en méditation

 

Certaines disciplines, ou certains instructeurs ont fait le choix de complètement bannir cette pratique. On reviendra plus tard sur l’utilité de celle-ci. Il peut aussi arriver que vous ne fassiez pas un mokuso une fois, ou qu’une autre fois vous en fassiez un particulièrement long. Mon maître, Armand Valle, dit souvent “Les règles c’est important, et il faut les respecter, mais il faut aussi savoir les transgresser parfois”. Si on s’attache trop à la forme, on en oublie le fond.

 

La position et la respiration du mokuso

 

Que devez-vous faire durant votre mokuso ? (Non, s’amuser à taper dans le coude de ses voisins n’est pas une bonne idée José !)

La première des choses à faire à l’annonce de l’ordre, c’est prendre la position de méditation de votre école. En règle générale, c’est en seiza (sauf pour les personnes qui peuvent avoir des problèmes de genoux par exemple). Il faut ensuite mettre ses mains comme il convient. Il y a surtout deux grandes façons de faire. La première consiste à garder les mains sur les cuisses les doigts collés. La seconde est de former un cercle avec ses mains sur le ventre, au niveau du hara (sous le nombril), en gardant les pouces ni trop détendus, ni trop tendus. Les yeux peuvent être clos, ou mi-clos, regardant vers le sol à une trentaine de centimètres en avant.

 

Homme méditant sur des rochers

 

Si ces détails de postures dépendent de votre pratique, certains points eux, ne varient pas. Il faut garder la sangle abdominale gainée, de façon à provoquer une rétroversion du bassin. Il faut garder le dos bien droit (pour la grande majorité des personnes il s’agit de tirer les omoplates en arrière). Puis lever le sommet de la tête le plus haut possible et rentrer le menton (nous expliquons cette position dans la vidéo Gagner du temps : s’entrainer en voiture), comme si l’on portait un poids sur la tête.

Le reste du corps doit être détendu, il ne doit pas y avoir plus de contraction que nécessaire. Les épaules sont basses, les coudes détendus, on ne force pas sur les cuisses. Si vous êtes bien détendus votre langue va automatiquement se coller au palais (ce qui peut-être très énervant lorsqu’on est enrhumé, likez l’article si ça vous est déjà arrivé). 🙂

 

L’attitude mentale

 

Le mokuso se fait dans une certaine attitude mentale. Si vous vous mettez à penser à comment vous allez vous habiller à la soirée de vendredi soir, cela ne va pas être très productif.

J’ai pu observer deux façons de pratiquer le mokuso dans les arts martiaux. Soit il s’agit d’arriver à la non-pensée totale, soit réfléchir sur ce que nous avons vu ou que le maître vient de dire. Mais dans les deux cas, le fait de respirer de la façon suivante peut vous aider à pratiquer mokuso : une grande inspiration (environ 4 secondes), on retient le souffle (2 secondes environ), on expire (4 secondes) et on retient son souffle (2 secondes). Les temps donnés sont des approximations, chacun trouve son propre rythme, tout comme dans les combats. D’ailleurs, le but est plus de laisser le souffle trouver son propre rythme plutôt que de le lui imposer.

 

Ombre méditant avec des mots autour

 

Il est donc important de définir ce qu’est la non-pensée. C’est le fait de réussir à ne plus avoir de pensées parasites et d’avoir accès directement à sa pensée car elle accède directement à la conscience. Par exemple, de façon grossière, lorsque je pense que je vais me faire un thé, je dois réfléchir sur cette pensée pour en avoir conscience, et je peux en même temps me dire que je suis trop en retard et que je ferais mieux de pratiquer mon sport. Le but de la non-pensé est d’être pleinement à ce qu’on fait, de ne plus avoir cette barrière qui ralentit notre action et notre pensée.

Pour la première façon de pratiquer, vous vous souvenez très certainement de la citation que fait maître Takuan dans son livre La sagesse immobile. Je vous la remets ici, mais je parle un peu plus de ce livre dans l’article les 3 livres qui ont changé ma vie de pratiquant d’arts martiaux.

 

                    “Si vous pensez à ne pas penser, 
                     c’est déjà penser à une chose. 
                            Ne pas penser, 
                       même à ne pas penser.” 1

 

Il est vrai que le fait de ne pas penser n’est pas une mince affaire. Pour y arriver je vous conseille de compter vos respirations. Lorsque vous ne savez plus où vous en êtes recommencez à 0, c’est que vous vous êtes laissé distraire ou que vous vous êtes perdu dans vos pensées (ou bien que vous vous êtes endormis).

Pour la seconde pratique, il s’agit de stocker en mémoire ce que l’on fait, ou que l’on va faire, et de se focaliser dessus. Vous ne pensez à rien d’autre qu’à votre pratique, ce qui va vous permettre de mieux enregistrer les informations durant celle-ci.

 

La religion

 

Le mokuso que l’on pratique dans les arts japonais nous vient de zazen, communément appelé zen aujourd’hui. Mais c’est en fait une école bien spécifique, fondée par le maître zen Dogen.

Si à l’époque il y avait quelque chose de religieux, aujourd’hui je ne connais aucun dojo d’arts martiaux où cela soit le cas. D’ailleurs, les gestes religieux ont été bannis (encens, salut, gassho, etc.). La position de la méditation n’est pas nécessairement identique (en zazen on préfère le lotus, ou demi-lotus). On garde surtout l’essence même, le fait d’être dans la non pensée, de se concentrer sur l’instant présent. La non pensée n’est pas l’absence de pensée, mais le fait de ne pas penser à une pensée, de la laisser accéder à la conscience immédiatement.

 

Moine faisant zazen dans la nature

 

Si j’en parle aujourd’hui c’est parce que cette question est souvent posée. On me demande si cette méditation est une prière, et si elle engage envers une religion. Et je sais que je ne suis pas le seul, car la fédération de Kendo a envisagé de supprimer le mot mokuso, qui signifie méditation mais avec une connotation zen, du cérémonial de salut. D’ailleurs, je pensais faire tout un article sur les raisons du cérémonial (même si je sais qu’il en existe plusieurs, nous expliquerons ces divergences). Si cela vous intéresse n’hésitez pas à nous le dire. 😉

 

 

Les objectifs du mokuso

 

A quoi ça sert ?

 

Le mokuso a de nombreuses utilités. Il vous permet de vous détacher de tout ce qui est extérieur au cours. Cela vous permet de mieux vous concentrer. J’ai des élèves qui font un mokuso avant une grosse épreuve, comme un entretien d’embauche ou le BAC. Moi-même je le pratique avant un moment important, il m’aide à rester concentré durant l’épreuve et à ne pas me laisser perturber par des éléments extérieurs.

 

Moine jouant du bol chantant dans la rivière

 

Il permet aussi de se préparer mentalement à ce que vous allez faire. C’est une sorte de rituel, qui dit à votre corps “maintenant tu vas en baver”. Vous savez, c’est un peu comme avec les enfants, avoir une méthode avant de les coucher les aide à dormir et bien c’est à l’identique avant l’exercice physique. Le corps aime la régularité, donc si vous prenez la méditation comme signe précurseur de votre effort physique il s’y habituera !

C’est un moyen de se souvenir et de retenir plus facilement ce qui a été fait durant le cours. En toute logique si je me souviens bien de ce qui a été fait dans les cours précèdent je progresserai sûrement plus vite. Surtout si je suis régulier, comme je l’ai déjà expliqué dans l’article Comment rester motivé comme karate kid.

Dans l’idéal, il permettrait aussi d’atteindre la non-pensée. C’est quelque chose de vraiment important dans les arts martiaux, c’est pourquoi un article entier est prévu sur ce sujet, n’hésitez pas à vous abonner pour ne pas le manquer.

 

Le mokuso est une pratique insuffisante

 

Si notre but est de vraiment nous améliorer dans la méditation, et dans la non-pensée en restant immobile, alors le mokuso pratiqué comme nous l’avons décrit est largement insuffisant.

Comme tout le reste, la méditation demande régularité et travail. Si nous ne méditons que 5 minutes lors des cours d’arts martiaux, cela à un bénéfice à court terme, mais je ne suis pas convaincu d’un bénéfice à long terme. Je pense qu’une pratique plus régulière est nécessaire.

 

la méditation en mouvement


Personnellement j’aime faire 10 minutes à 30 minutes de méditation le matin, au réveil. D’après certaines études, la méditation apporte des bénéfices lorsque nous la pratiquons régulièrement sur une durée d’environ 20 minutes(2). Pour voir ses effets encore largement augmentés il faudrait passer à plusieurs heures de pratique par jour.

C’est souvent lorsqu’on n’à pas le temps et que l’on ne se sent pas en état de faire de la méditation qu’elle est le plus nécessaire.

Lorsque je vois les examens arriver, et que les ados commencent à s’agiter, je prends régulièrement le temps de faire un mokuso de fin de 10 minutes. Et jusqu’à maintenant aucun ne s’en est plaint.

Vous pouvez aussi faire un mokuso avant d’arriver en cours, afin d’être déjà bien concentré sur votre pratique (attention ne le faites pas en conduisant, attendez de vous garer !).

 

Les autres arts martiaux et les sports de combat

 

Il existe de nombreuses autres façons de méditer ou de travailler son mental, selon les activités que l’on pratique. Je vais donner ici une liste d’exemples non exhaustifs tirés de mes expériences.

 

Les chants

 

Dans certains arts martiaux, le chant est une des solutions qui a été trouvée pour améliorer les performances. On se regroupe et on chante avant le combat, ou bien on clame quelque chose en particulier, comme un poème. On peut chanter pendant que certains s’entraînent. On peut aussi chanter avant l’entraînement.

 

Hamster avec un chapeau et un micro


Je pense que l’exemple le plus connu aujourd’hui est la Capoeira. Historiquement, ce chant avait deux objectifs. Le premier spirituel, le fait que les esclaves puissent se retrouver ensemble et se remémorer leur culture. Le second était de camoufler leurs entraînement en les faisant passer pour de la danse. Aujourd’hui encore, lors des entraînements, il y a des chants, car cela permet de donner le rythme à ceux qui s’entraînent.

 

Les danses

 

Certains rites pouvaient et peuvent encore être effectués avant un combat, ou un entraînement. La danse en est un parfait exemple. Cela peut être un moyen de se motiver ou encore de rendre hommage aux ancêtres.

Je vais vous donner deux exemple. Le premier est la Muay Thai, avec leur fameuse danse Ram Muay. C’est une danse que les combattants effectuent avant de combattre afin d’attirer la bonté des dieux. Chaque style d’école a sa propre danse, et on peut parfois connaître le maître du combattant juste avec les indices qu’il laisse dans la Ram Muay.

 

Haka sur un chantier
Le Haka est aussi une danse guerrière !

 

Le deuxième exemple est la danse des combattants africains. J’ai eu l’occasion de croiser des lutteurs de plusieurs pays (je ne saurais nommer les écoles), mais j’ai pu observer qu’ils effectuaient des danses avant leurs entraînements. Malheureusement, je n’ai que très peu de sources sur ce sujet (les différentes écoles, le pourquoi de cette danse…). Mais dès que l’on arrive à trouver des informations fiables on vous partage tout ça. =)

 

Le moment calme

 

Nombreux sont les arts martiaux ou les sports de combat qui sont précédés ou suivis d’un moment calme. Un moment que l’on peut prendre debout ou assis, pour souffler, sans parler. J’ai vu ce genre de moments en escrime, en boxe française ou encore en MMA. Ils n’ont pas toujours la même fonction, parfois ils servent juste à se concentrer, d’autres fois à visualiser l’objectif que l’on va donner à la séance.

Comme l’ensemble de l’enseignement, ces moments sont au bon vouloir de l’enseignant. Je sais par exemple que mon frère (qui enseigne aussi le ju-jutsu mushinryu) ne pratique pas le mokuso à chaque séance. Moi, je ne le pratique pas forcément avec les enfants.

Et vous qu’en est-il ? Dites-nous dans la barre des commentaires si vous avez un mokuso ou un autre moment de mise au calme ou de concentration avant ou après le cours. Expliquez-nous la forme qu’il prend. Et n’hésitez pas à partager cet article qui m’avait été demandé plusieurs fois, pour qu’il soit utile à un maximum de personnes. 😉

A très vite pour un prochain article. =D

 

  1. Le zen des samuraïs, mystères de la sagesse immobile et autres textes, p.43, Maître Takuan Albin Michel
  2. Méditation : Comment devenir un athlète du cerveau en 5 points, Science et avenir. Mathieu Ricard : “Et si on apprenait à méditer ?”, L’express, Interview.

 

 

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